Sibylle Jannekeyn : « Donner les moyens aux femmes de s’affirmer dans la cité »

La journée internationale de lutte des droits des femmes a donné lieu à de nombreuses manifestations nîmoises. Daniel Richard a signé la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale. Cette charte invite les collectivités territoriales à utiliser leurs pouvoirs et leurs partenariats en faveur d’une plus grande égalité pour toutes et tous. Au-delà de ce document symbolique, nous nous sommes entretenus avec Sibylle Jannekeyn, numéro 2 sur la liste de Daniel Richard, et cheffe de file d’EELV à Nîmes qui nous donne son sentiment sur la ville de Nîmes et les leviers qu’ils ont trouvés pour tendre vers cette égalité.  

Le petit Gardois : Quel est le constat à Nîmes sur l’égalité femme homme ?

Sibylle Jannekeyn : De manière générale, ce serait un leurre de croire malgré les lois que les femmes sont à égalité parfaite avec les hommes.

En 2018, l’écart de rémunération moyen entre les hommes et les femmes était de 16 % en Europe et en France.

Le taux d’emploi des femmes avec enfants diminue de 12 % par rapport à celui des hommes. Les femmes sont sous-représentées aux postes électifs.

Au rythme actuel de progression de l’égalité femmes hommes en Europe, il faudra 70 ans pour parvenir à un salaire égal, 40 ans jusqu’à ce que le travail domestique soit partagé équitablement et 20 ans pour parvenir à une représentation égale en politique (par exemple, le taux de tête de listes féminines aux municipales est passé de 17 % en 2014, à 24 % en 2020, c’est un bon début mais ce n’est pas suffisant).

Sur le plan strictement Nîmois, lors de la construction du programme, nous nous sommes aperçus que Nîmes avait vraiment des besoins.  Ainsi ai-je appris en visitant, entre autres structures le CIDFF (centre d’information des droits des femmes et des familles), que seules 23 places existaient en hébergement d’urgence dans le Gard, pour les femmes qui devaient s’éloigner d’un conjoint violent. Ce n’est évidemment pas suffisant.

Il faut donner les moyens aux femmes de s’affirmer dans la cité.

Nîmes est un chantier énorme, nous avons axé notre programme sur quatre domaines, la gouvernance et le développement démocratique ; les besoins spécifiques aux femmes, les problèmes liés aux stéréotypes de genre, les violences sexuelles et sexistes.

L.P.G. : Quelles les mesures souhaiteriez-vous mettre en place si vous étiez élus ?

S.J. : Tout d’abord, nous nous créerions un poste d’élu(e) dédié à l’égalité femme homme.

Dans cette charte qui développe l’égalité homme femme dans la vie locale, se trouve le volet gouvernance et développement démocratique. Nous sommes conscients qu’actuellement une femme a encore deux vies, sa vie professionnelle et sa vie à la maison, même si les hommes participent de plus en plus aux tâches ménagères, il n’en demeure pas moins que la charge mentale de la femme demeure très importante.

Ce que peut faire une municipalité, puisqu’on ne peut pas exercer de levier sur l’entreprise serait par exemple de proposer des formations à la prise de parole en public, de modifier les horaires de réunion, ou bien encore de favoriser l’accès prioritaire aux crèches pour les familles monoparentales.

Nous savons également que majoritairement ce sont les femmes à qui revient la tâche de s’occuper de leurs parents âgés, cela prend du temps. Nous voudrions créer un soutien financier à toutes les élues, les élus « pour les frais de garde aux personnes âgées ».

En prenant ces mesures simples, la femme gagnerait un peu de temps pour se consacrer soit à une fonction élective, soit à une fonction de responsabilité.

Un autre pan serait consacré à améliorer les offres de service pour répondre aux besoins des femmes.

Dans celui-ci nous comptons lutter contre la précarité menstruelle. Nous savons que des femmes dans la précarité doivent faire le douloureux choix entre se protéger et manger. Nous verrons la meilleure manière de lutter contre ce problème, soit par l’offre de bons, soit par des accueils dédiés aux seins de structures existantes.

De même, nous aimerions augmenter le nombre de toilettes publiques non genrées.

Nous mettrons en place une tarification sociale sur tous les services municipaux pour les familles monoparentales (transports, sports, musées, etc.)

Nous travaillerons également sur le volet de la communication non stéréotypée.

Nous nous attellerons à une communication non stéréotypée, en refusant par exemple les publicités sexistes ou dénigrantes sur l’espace public. C’est de la compétence du maire en prenant des arrêtés d’interdire des publicités qui avilissent la femme.

Dans le domaine scolaire, nous ferons de la prévention sur les stéréotypes de genre dans les cours d’école. Aujourd’hui encore, il est prouvé que les filles se mettent à la marge alors que les garçons occupent la plus grande partie de l’espace ; des solutions existent en repensant et réaménageant les lieux. C’est une question d’éducation : si dès leur plus jeune âge, les filles restent sur le côté, comment peuvent-elle s’approprier l’espace public une fois devenues adultes.

De même nous mettrions en place des plans de préventions sur le harcèlement scolaire, et le cyber harcèlement.

Nous voulons aussi faire des campagnes de prévention sur la pornographie via internet, vue par des enfants à partir du primaire. C’est un réel problème de société.

En ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles, nous souhaitons la mise en place dans la mairie d’un espace dédié à l’accueil et à l’accompagnement des femmes victimes de violences en partenariat avec le CIDFF (qui fait un travail formidable). Pourquoi à la mairie me direz-vous ?  Car c’est un espace neutre, anonyme qui regroupe de nombreux services. Or, on sait que les femmes peinent encore à aller au commissariat de peur d’être aperçues, pareillement dans le CIDFF qui leur est pourtant dédié.

Enfin nous proposerons un partenariat entre la ville de Nîmes, avec le DDSP 30 le CDIF, pour la mise en place d’une permanence d’un officier de police judiciaire une fois tous les quinze jours au CDIFF.

Parallèlement, nous souhaitons développer des hébergements et des logements d’urgence.

Nous voudrions aussi organiser des formations des personnels au premier accueil.

Voilà quelques pistes sur le plan contre les violences sexistes et sexuelles, cela constitue un très gros travail à faire pour mettre en place car cela veut dire aussi des postes et des budgets dédiés.

La liste n’est pas exhaustive loin s’en faut, mais à travers ses mesures, nous souhaitons que chacun puisse s’épanouir selon sa personnalité sans qu’il y ait de regard dénigrant de l’autre.



Catégories :Politique

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