Oscar Wilde et les États-Unis

Quand Oscar Wilde (1854-1900) arrive un jour de janvier 1882 aux États-Unis, un douanier lui demande s’il n’a rien à déclarer. Oscar Wilde répond avec simplicité : « Rien d’autre que mon génie ! » Lors de sa tournée de conférences, sa venue est annoncée sur des affiches avec des lettres de deux mètres de haut. Son séjour prévu pour 4 mois durera finalement un an.

Si l’on devait choisir entre toutes les œuvres d’Oscar Wilde, le défi serait ardu tant elles se confondent avec sa vie. Son œuvre est sa vie ce que sa vie est à son œuvre. Et pourtant son œuvre et sa vie divergent. « Mon génie disait-il, je l’ai mis dans ma vie, je n’ai mis que mon talent dans mes œuvres, et c’est la grande tragédie de ma vie. » Lors de son séjour aux États-Unis, ce maître du paradoxe prit autant de soin à exposer sa théorie de l’esthétisme avec la même méticulosité qu’il apportait à polir ses ongles et ses phrases.

 

Les États-Unis aiment les phénomènes

C’est grâce à Gilbert et Sullivan[1] qu’Oscar Wilde est invité aux États-Unis. Ces deux compositeurs se sont inspirés du jeune dandy pour l’un des personnages de leur opérette intitulée Patience. Lors de son séjour, Oscar Wilde va présenter une série de conférences où il fera découvrir l’esthétisme britannique à une foule de jeunes gens qui l’accueille en agitant des fleurs de lys et de tournesols. Il donnera également une centaine d’interviews au cours de son voyage dont une trentaine ont été traduites et publiées[2].

 

Un public éclectique

Au cours d’une conférence, il explique de quelle manière il a répondu au formulaire d’entrée aux USA : « Pour mon âge j’ai mis dix-neuf ans, ma profession j’ai indiqué génie, mes infirmités j’ai répondu le talent ». Il va se produire devant un public diversifié, soit dans des salons accueillant la grande bourgeoisie ou face à des parterres d’ouvriers. « Je crains que vous n’ayez entendu parler de moi, par l’entremise de vos journaux à l’imagination quelque peu débridée, comme… d’un jeune homme… pour qui la pire difficulté qui fût était de mener une existence digne de sa porcelaine bleue – paradoxe dont l’Angleterre ne s’est jamais remise. »

C’est durant ce séjour que fut montée sa première pièce « Vera ou les nihilistes[3] ». Elle ne tiendra que quelques jours l’affiche à New-York, mais continuera à être présentée au cours d’une grande tournée. Au directeur du théâtre new-yorkais qui lui demandait de réaliser quelques changements dans ce drame en quatre actes, il répondit : « Qui suis-je pour oser toucher à un chef-d’œuvre ? ». Ses rapports avec les journalistes ne sont pas excellents. Après la lecture d’un article il interpelle un journaliste « combien êtes-vous payés pour les bêtises que vous avez dites sur moi ? », « six dollars » répondit le journaliste ». Sa répartie fut assez cinglante : « je dois dire que le mensonge est la seule chose bon marché aux États-Unis. »

 

L’Atlantique est un océan mal compris

De retour en Angleterre, Oscar Wilde ne cessera de tourner en dérision l’absence de culture des Américains. Il aura quelques commentaires assez peu amènes : « En Amérique, la vie semble être une perpétuelle expectoration », ou bien encore cette histoire qu’il assure authentique : « Un collectionneur d’art commande à un atelier parisien un moulage de la Vénus de Milo. Constatant à la réception du colis, pourtant bien conditionné, que la statue n’avait pas de bras, l’homme, furieux engage un procès contre la compagnie de Chemins de fer… et le gagne. » Durant son séjour en prison de 1895 à 1897 où il fut enfermé pour « grave immoralité » en raison de son homosexualité, l’Amérique se rappellera à lui. Plus de 900 sermons furent prononcés contre lui pendant qu’il purgeait sa peine dans les geôles de Reading, promettant l’enfer à ce déviant qui plus est, était marié.

Oscar Wilde mourra à Paris en 1900 où il s’était exilé. Des artistes et écrivains, dont Nan Goldin, Marlene Dumas, Ai Weiwei, Steve McQueen ou encore Patti Smith se sont rendus en 2016 à la prison proche de Londres pour rendre hommage à l’écrivain Irlandais. Reste à espérer qu’un jour, à Los Angeles, haut lieu du cinéma, l’Oscar des oscars lui soit remis. L’Oscar suprême pour son œuvre, la tragédie de sa vie.

 

[1] Gilbert et Sullivan désigne un duo musical de l’époque victorienne composé du librettiste William S. Gilbert et du compositeur Arthur Sullivan

[2] Oscar Wilde en Amérique, Ed. Bartillat, 2016.

[3] Véra ou les Nihilistes est la première pièce de théâtre d’Oscar Wilde, écrite au début des années 1880. Elle présente un certain intérêt historique par sa coïncidence avec plusieurs événements importants. Tout d’abord, elle fut écrite peu avant l’assassinat d’Alexandre II, tsar réformateur, dont on pourrait penser qu’Oscar Wilde souhaitait souligner les qualités.



Catégories :Et si les mots pensaient ?

Tags:,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :