Les enseignants ont rendu hommage à Samuel Paty sur fond de colère

Un rassemblement spontané s’est tenu cet après-midi à Nîmes sur l’esplanade Charles de Gaulle après l’assassinat de Samuel Paty, cet enseignant en Histoire-géographie de 47 ans retrouvé décapité près du collège où il exerçait à Conflans-Sainte Honorine dans les Yvelines.

Silencieux, visages fermés, près de deux cents enseignants, personnel de l’éducation, parents d’élèves ont tenu à rendre hommage à leur collègue mais aussi se réconforter, supporter l’indicible.

Si le silence était pesant, en creux, la colère était sourde car la question n’était pas « si un jour ce genre d’acte allait arriver mais quand il allait se produire« . 45 minutes de recueillement puis, après la sidération qui durait depuis la veille, la colère des enseignants éclate car le tableau est noir. Une peur de plus en plus récurrente chez les enseignants de traiter certains sujets sensibles et le sentiment d’être délaissés par leur hiérarchie et leur ministre.

 

Les mots et les maux sont forts

« Nous sommes ici réunis en la mémoire de notre ami et collègue victime d’un acte ignoble. Nous n’avons aucun mot pour qualifier ces événements, nous sommes tous sidérés. Nous ne laisserons pas faire ! » lance un premier enseignant.

Marie, larmes aux yeux lance « Ce rassemblement dit notre indignation ; hier quand je l’ai appris, j’étais en incapacité de réagir, mais j’avais besoin de faire quelque chose, d’être dans la rue envie de dire non à l’obscurantisme », puis de rajouter « enseigner aujourd’hui en France ne doit pas être un motif de mise en danger de mort. Il est impossible que l’on laisse des professeurs se retrouver seuls aujourd’hui face aux vindictes populaires, seuls face à des parents. Je crois qu’on ne peut plus tolérer de faire notre métier en ayant peur. »

 

La liberté d’expression et d’enseigner : le nœud gordien depuis quelques années

Certains des enseignants avouent s’autocensurer sur certains sujets sensibles.

 « La liberté d’expression est un droit, la liberté est un droit et nous ne laisserons pas des gens, fanatiques irrespectueux de la République et de la Démocratie nous dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire en classe aujourd’hui. »

Continuant sur sa lancée, Marie ajoute « il faut savoir se lever et montrer que cela ne va plus. Mais il faut rester unis et montrer nos valeurs et marteler que l’on ne se laissera pas faire et qu’il n’y aura pas d’autres cas comme Samuel. »

« Il faut aussi que notre ministre nous écoute parce qu’on lui fait des alertes, on lui dit ce qui ne va pas et qu’aujourd’hui il n’y a aucune action, aucun message clair et qu’aujourd’hui ses professeurs ont besoin de ces soutiens de la part de l’Institution, des parents, des Français. »

Hélène, quant à elle conclut en martelant « que les mots ne suffisent pas, il faut des actes ; la liberté d’expression n’est pas une insulte, qu’il faut éduquer nos jeunes ; éduquer nos jeunes à la tolérance, seule l’éducation nous sauvera sinon on va tous crever. »

 

Au milieu de ce triste rassemblement, un moment de grâce, une autrice, poétesse, chanteuse est venue spontanément entonner une chanson de Damien Saez. Vêtue en Marianne, elle a rendu hommage à la fois aux enseignants meurtris dans leurs chairs et à Samuel Paty.

Hommage d’une maman à Samuel Paty en chanson

 

Un nouveau rassemblement demain dimanche à l’appel de l’intersyndicale des enseignants et des personnels d’éducation est prévu devant la Préfecture à 15 heures.

 

N.D.L.R. : Les prénoms ont été changés.



Catégories :Gard, Société

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