L’avenir, c’est ce qui dépasse la main tendue. Aragon. À plus d’un mètre. Mon toubib.  

Les jours et les semaines à venir sont chargés d’inconnu. « Mais où sont les avenirs d’antan » se demandait Jean-Paul Sartre. Aujourd’hui voyager dans l’avenir ne peut s’accomplir sans bagages et sans réservation. Pourtant les devins de tous poils pour nous faire voyager, utilisent ce qu’ils ont sous la main sans gel hydro alcoolique ! Votre main, des cartes (mais pas le philosophe), les étoiles, le marc de café… chacun sa cuisine. La nôtre est celle des mots. Celle qui soulage nos maux en cette période finement nommée : con-finement.

Aujourd’hui nombreux sont les « voyants » qui s’inspirent de Nostradamus. Ses prédictions pour notre décennie laissaient présager toutes sortes de bouleversements. Les horoscopes et sites internet s’inspirant de ces prévisions pour affirmer leur crédibilité fleurissent comme les jonquilles au printemps. D’autres avant lui, tel Horace avec quelque quinze siècles d’avance écrivait : « C’est en vers que fut dévoilé l’avenir ». Horace avait-il prévu l’arrivée de Nostradamus ? Certainement pas. Car seuls les poètes sont les visionnaires d’un monde aveugle, créatures immortelles de notre humanité.

Nostradamus et ses confitures

Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus (1503-1566) a fait ses études de médecine à Montpellier. Cet homme de science, avant de devenir le prophète que tout le monde connaît, découvre l’asepsie[1]. Cette invention permet d’enrayer les épidémies de peste qui séviront dans le sud de la France. Un coronavirus du passé ? Comme il est possible d’interpréter tout et son contraire, et de trouver dans les quatrains du prophète la traduction et l’explication du destin de notre monde ? Je préfère retenir des voyages dans le temps de ce poète visionnaire ses traités sur les fards et les confitures dont le titre est : Recettes pour faire diverses senteurs et lavements pour l’embellissement de la face. Ainsi, le lecteur avide de nourritures sucrées ou de spécialités divinatoires aura le choix entre des confitures traditionnelles, des soins de peau à base de concombre et d’huile d’olive ou d’aéromancie[2], catoptromancie[3], ornithomancie[4]… ou tout autre plat à la carte finissant par « mancie ». Et, comme le dit un proverbe chinois tout droit sorti de Wuhan : « il ne faut jamais faire de prophétie, surtout en ce qui concerne l’avenir ».

Le bonheur confiné

Difficile en ces premiers jours de confinement de se dire qu’Il faut tout d’abord vivre l’instant présent. Et pourtant. Un certain nombre de principes permettent ainsi de parvenir au bonheur. Plongeons-nous quelques instants dans cette histoire de grande fécondité littéraire et d’expression poétique. Ainsi Sénèque, (Ier siècle après J.C), conseille dans ses Lettres à Lucilius, d’habiter le présent, en refusant les passions tristes qui nous renvoient au passé (nostalgie, regrets, remords) ou à l’avenir, (espoir, attente). Horace, poète latin de l’an I avant J.C, est l’inventeur de la célèbre maxime « carpe diem ». Il l’a inscrite au dernier vers de l’un de ses poèmes, dans son livre I des Odes. Le plaisir dont parle Horace est celui qui consiste « dans l’absence de souffrance physique et de trouble de l’âme » et « Avec un peu de pain et d’eau, le sage rivalise de félicité avec Jupiter ».

Aux vannes citoyens !

Rien à voir donc avec le sens de débauche que certains donnent de cette maxime de « Carpe Diem » à notre époque. C’est ce que traduisent aujourd’hui sur les réseaux sociaux nombre d’individus en postant leurs vidéos humoristiques, leurs bons mots, leur méthode d’organisation dans l’espace obligé. Que de pépites, de mots et d’images qui se déguisent afin de nous étonner, qui s’amusent à nous abuser et renaissent avec force. Il n’y a d’important que l’instant présent. On ne sait quand le confinement prendra fin. Il faut donc essayer (autant que faire se peut) de profiter de chaque jour qui passe. « Le sage est celui qui parvient à regretter un peu moins, à espérer un peu moins et à aimer un peu plus » écrivait Comte-Sponville. Horace quant à lui écrivait à propos du stoïcisme : « […] Ne sonde pas les horoscopes babyloniens. Quoi qu’il arrive, tout en sera meilleur ! Que Jupiter nous donne encore de très nombreux hivers […] Prends le jour qui s’offre, ne fais pas crédit à demain ».

[1] Méthode préventive, qui s’oppose aux maladies infectieuses en empêchant l’introduction de microbes dans l’organisme.

[2] Art de deviner grâce à l’observation des vents, étoiles, lune…

[3] Art de deviner en fixant son regard sur un miroir tel de l’eau, du verre, une glace ou sur une surface noircie de fumée

[4] Divination d’après le vol ou le chant des oiseaux



Catégories :Et si les mots pensaient ?

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1 réponse

  1. Ce texte est un enchantement. Vivre l’instant présent est un bien précieux.
    Merci Joshen

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