La BD « Ma fille, mon enfant » : No to Racism

Chroniquer une bande dessinée, c’est faire un choix. Laquelle, vais-je vous présenter aujourd’hui et pourquoi ? Si je suis d’humeur joyeuse, j’aurais tendance à chroniquer une BD humoristique, si l’actualité me ramène à des pans de l’Histoire, j’opterais pour une bande dessinée sur ce thème et enfin, l’actualité contemporaine m’amène parfois à traiter des sujets plus sensibles.

C’est la mort atroce de George Floyd qui secoue les Etats-Unis en ce moment et montre toute la cruauté du racisme aux yeux du monde entier qui me pousse à vous présenter cette BD aujourd’hui.

 

Le racisme vous l’aurez compris a inspiré l’auteur David Ratte à réaliser « Ma fille, mon enfant ». Lui, qui a grandi dans une cité HLM, d’un père guadeloupéen et d’une mère franc-comtoise, avec des amis arabes, africains, asiatiques, a connu dès son plus jeune âge le racisme. Même s’il le dit lui-même, étant plus jeune, cela lui passait un peu par-dessus la tête, en grandissant, il a pris conscience que pour ses parents cela devait être difficilement supportable.

 

Par conséquent, il a décidé de traiter le racisme « invisible », celui au sein des familles. La génération de France 98, qui a célébré le métissage, black, blanc, beur, accepterait-elle maintenant que l’un de ses enfants se marie avec une personne d’une autre couleur de peau se demande-t-il ?

 

C’est effectivement le sujet de son ouvrage. Chloé annonce à sa mère que son petit copain s’appelle Abdelaziz. La nouvelle passe mal car sa mère Catherine est raciste. Elle désapprouve cette relation et ne se prive pas de la faire savoir. Les relations entre la mère et la fille se tendent, se détériorent, s’amenuisent puis disparaissent. Quand un évènement tragique frappe Abdelaziz, Catherine veut soutenir sa fille. Mais le lien est rompu. Pourra-t-il se reformer ?

Le thème du racisme est un des plus difficiles à traiter même en bande dessinée. L’auteur y arrive parfaitement en jouant sur les émotions des personnages et en dessinant avec une précision presque chirurgicale les traits du visage qui expriment soit la colère, la honte, le dégoût, ou a contrario l’empathie chez le père de Chloé. En outre l’auteur a également très bien su recréer une cellule familiale dans laquelle, on retrouve la mère cruellement raciste, le père qui supporte le caractère ignoble de sa femme, le petit dernier qui fait des bêtises et ne comprend pas ce qui se passe et l’adolescence de Chloé dans tout ce qu’elle peut rencontrer de magique comme de tragique.

 

Chose étonnante pour une bande dessinée les décors et accessoires sont très présents comme par exemple lorsque Chloé et sa famille reçoivent les parents d’Abdelaziz, une vignette montre des jus de fruits d’une grande marque nationale.

 

Le scénario va crescendo, commençant par un racisme primaire jusqu’au racisme haineux. Lors de ce fameux dîner Catherine demande aux parents d’Abdelaziz s’ils sont « Charlie ».

 

L’auteur utilise également les relations de travail de Catherine pour exprimer le fait que dorénavant les personnes racistes ne se cachent plus et l’exposent à qui veut bien l’entendre, et c’est peut-être là le message le plus important de l’auteur. Le racisme se retrouve partout tant dans le cercle familial que sur le lieu de travail où la parole s’est « décomplexée ».

 

Je finirais ma chronique par ces mots de l’auteur, David Ratte : « J’ai l’impression que tant qu’il y aura des frontières (réelles ou symboliques) entre les pays, les régions, les villages et les quartiers, il y aura du racisme ordinaire. Par essence l’être humain est rempli de préjugés et, à moins d’un effort conscient, il le reste. Mais je garde quand même un petit espoir. Dans mon histoire, Chloé se montre plus ouverte d’esprit que sa mère. Je veux croire que la génération montante fera mieux que nous dans ce domaine. »

 

Cette bande dessinée, est très agréable à lire, car il n’y a pas de décors superflus, les dialogues sont parfaitement dosés et le scénario très bien ficelé jusqu’à la conclusion de l’album.

 

La BD « Ma fille, mon enfant » est disponible aux éditions Grand Angle et comprend 96 pages, et en ce moment, c’est une bande dessinée que je recommande de lire, c’est une vraie perle pour contrer ce fléau.



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