Jean-Antoine Bunoz : « À Poulx il faut apprendre à se parler et à s’écouter. »

Les électeurs de Poulx ne se déplaceront qu’une seule fois : le 15 mars. Contrairement aux dernières élections municipales de 2014 où étaient présentes cinq listes, seules deux listes vont briguer les suffrages des Poulxois. Celle du Maire sortant, Patrice Quittard tête de liste de « Poulx 2020 » et celle de Jean-Antoine Bunoz de « j’aime Poulx » que nous avons rencontré à sa permanence.

Le Petit Gardois : Monsieur Bunoz, Qu’est-ce qui vous a incité à prendre la tête de liste de « j’aime Poulx » ?

Jean-Antoine Bunoz : « J’ai été désigné à l’unanimité par les membres de « j’aime Poulx » pour mener la liste. Sur les cinq élus qui siégeaient dans l’opposition quatre ont décidé de poursuivre l’aventure. Les autres colistiers sont des Poulxois très engagés pour leur commune. »

LPG : « j’aime Poulx » a été créée spécialement pour ces élections ?

JA.B : « Non. Je suis arrivé sur Poulx il y a huit ans, et dès le lendemain de la défaite aux dernières municipales nous avons décidé de poursuivre notre engagement. Nous avons créé l’association « j’aime Poulx ». Et depuis 6 ans nous avons eu de cesse d’aller au-devant des Poulxois pour les entendre et les écouter. »

LPG : Comment qualifiez-vous votre liste « j’aime Poulx » ?

JA.B : « Notre liste comprend tout autant un délégué CGT de la SNCF, un chef d’entreprise, une aide-soignante, une opératrice sur presse, un enseignant, pour n’en citer que quelques-uns. Politiquement parlant elle se compose de personnes de droite, de gauche, du centre. Quand il y a un trou dans la chaussée, il n’est ni de droite, ni de gauche, il est à boucher ! Et je me moque de savoir à quel bord appartient telle ou telle personne. »

LPG : Donc une liste apolitique ?

JA.B : « Est-ce vraiment important pour ces élections municipales et pour une commune de la taille de Poulx d’avoir une couleur politique ? Je ne me sens le gardien d’aucun fanion, même si j’ai mes idéaux, ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est le devenir et l’avenir du village, et au sein de notre liste tout le monde en convient. »

LPG : Vous êtes chef d’entreprise, président de l’Actiparc de la zone d’activité de Grézan, vous pensez pouvoir continuer à mener ces activités professionnelles et votre mandat de Maire ?

JA.B : « C’est prévu. En tant que Maire j’ai décidé d’organiser ma vie en fonction de mon mandat. Je vais travailler à mi-temps dans mon entreprise, je démissionnerais de mon poste de président de l’Actiparc de Grézan. Je ne pourrais pas tout mener de front, d’autant que le maire de Poulx est aussi vice-président de l’agglomération Nîmoise. J’ai ma stratégie, j’y pense depuis longtemps et je connais ma capacité de travail. »

LPG : Durant cette dernière mandature, quel a été le rôle de l’opposition ?

JA.B : « Les cinq conseillers municipaux intervenaient régulièrement au cours des conseils municipaux, pour autant, comme l’a précisé le maire Monsieur Quittard, l’opposition a voté plus de 89 % des délibérations. Il est vrai que nous sortions d’une situation très conflictuelle. Cinq listes étaient présentes lors des dernières élections en 2014. Le climat n’était pas bon pour un village comme le nôtre, je suis quelqu’un de très rassembleur, j’ai horreur des disputes et préfère la concorde. »

LPG : Comment concevez-vous cette « concorde » ?

JA.B : « Poulx est un village d’environ 4 000 habitants, mais reste un village à taille humaine. À l’heure de l’autoroute de l’information, d’internet, le meilleur des contacts c’est l’humain. Quand on est en face-à-face, on a un potentiel incroyable, et c’est ce qu’on avait perdu dans ce village. On ne parle plus, on ne communique plus. La communication entre les habitants et la communication des engagements de la commune sont essentielles. »

LPG : Vous ne craignez pas de par votre engagement professionnel d’agir plus en chef d’entreprise qu’en tant que Maire ?

JA.B : « Un maire s’adresse à ses administrés. On n’a rien à vendre mais une mission à assumer. Si on a eu l’épisode des Gilets Jaunes, c’est qu’on n’a pas su communiquer. Je les ai rencontrés sur la zone de Grézan qu’ils ont bloquée une semaine. Je les ai écoutés et compris leur désarroi. C’est que je veux croire et que j’applique dans mon entreprise et dans notre association « j’aime Poulx ». Je crois en cette communication permanente que nous avons. L’ère de la communication pyramidale, décision par le haut, application à la base, c’est fini. C’est une communication « à la papa ». Ce que je souhaite, tout simplement, c’est par exemple quand on engage des travaux dans une rue, c’est que tout le monde sache qui fait quoi, quand, comment. »

LPG : Vous allez donc communiquer au plus près des habitants ? Par quels moyens ? Quels outils allez-vous utiliser ?

JA.B : « Il faut établir des relais, et le relais passe par les quartiers. La pierre angulaire de mon action va se situer dans les quartiers. Nous avons très vite compris à « j’aime Poulx » qu’en divisant notre village en huit zones distinctes, les problématiques même au sein d’un même village étaient parfois profondément différentes. On n’a pas les mêmes soucis dans tel ou tel quartier. Je veux rapprocher cette démocratie du quartier au plus près de l’habitant via des référents, des binômes. »

LPG : Des binômes référents en y impliquant aussi des habitants ?

JA.B : « Les deux principes sont complémentaires. Les référents de quartier ce sont des élus, un homme, une femme plus un bénévole homme femme dans chaque quartier qui seront chargés de faire le point sur la voirie, au niveau de la propreté, accompagner la fête des voisins, ordonner des travaux nécessaires, etc.

Je veux créer aussi des « pôles de communication ». Je veux que dans chaque quartier existe un site où l’on puisse se retrouver. Cela peut prendre la forme d’un espace, d’une aire avec un banc, autour d’un terrain de boules, des jeux d’enfants, ou sur les places déjà existantes de ce village. On pourra aménager « ces pôles » en diffusant l’information municipale qui pourrait aider les habitants à communiquer et à se rencontrer, je crois à ce facteur de travail par secteurs. »

LPG : Vous reprochez au maire actuel de ne pas en faire assez pour les trottoirs et la voirie ?

JA.B : « Évidemment ! La mairie actuelle a fait des choix que nous contestons formellement, notamment au niveau des sommes engagées. Je veux parler de l’opération du stade. Pour un village comme Poulx, mettre 1,7 million d’euros dans un tel équipement même avec des subventions complémentaires c’est autant d’argent qui n’ira pas à la réfection de la voirie. Encore actuellement le maire s’obstine à vouloir signer avant la fin de son mandat un appel d’offres estimé à 3 millions pour la nouvelle maison de quartier. On est à quelques jours de l’élection municipale, s’il a la chance de remporter les élections il mettra ce projet en œuvre, nous, nous le contestons. »

LPG : À quoi attribuez-vous cette précipitation ?

JA.B : « Il existe effectivement un besoin réel, nous avons un problème cruel de place pour les associations, c’est ce que nous disent les présidents d’associations. Notamment pour les personnes âgées, les locaux ne sont pas adaptés, les locaux de la bibliothèque sont exigus, on en a bien conscience. Cependant on peut avec un budget deux fois moins important pouvoir réaliser cette surface dont on a besoin. On doit être au premier euro compté. »

LPG : Donc vous êtes d’accord sur le principe même du projet ?

JA.B : « Oui mais pas de cette envergure. Prévoir une salle pouvant accueillir 300 spectateurs, c’est aberrant, on n’a jamais 300 spectateurs, pour un spectacle. D’autant qu’en bas de la colline se trouve la salle Paloma, on fait partie de Nîmes agglo. L’agglomération quel que soit son président, est une ressource pour la commune où nous cotisons, et de fait si elle nous donne les infrastructures, on ne va pas les dupliquer. Ce dont nous avons besoin c’est d’une vie associative forte et diverse qui puisse animer ce village au travers de locaux disponibles. Une salle qui accueille les spectacles de l’agglomération et dont la jauge est de 100 / 150 personnes suffit largement au bonheur de tout le monde. »

LPG : Vous réaliseriez rapidement ce projet ?

JA.B : « Le projet de salle des fêtes ne verrait pas voir le jour dans la première année de mon mandat. Il faudra en débattre avec les Poulxois car quels que soient les financeurs, l’argent vient toujours du contribuable. »

LPG : Les associations sont représentées dans votre liste. Comment comptez-vous appuyer sur leurs représentants ?

JA.B : « Je pense qu’il va falloir rationaliser leurs interventions, et se mettre autour de la table. Actuellement chacun travaille de son côté. Je compte les aider de la même manière que la municipalité l’a fait jusqu’à présent en leur apportant les moyens matériels, financiers et humains qu’une mairie se doit de mettre à leur disposition. Par contre je tiens à ce qu’il existe une communication entre elles. Je veux impérativement avec mon équipe que nous prenions le temps d’une ou deux journées par an pour apprendre à nous connaître de façon à créer des synergies sur des événements communs, et ne pas se faire superposer des fêtes ou des actions. Ce qui manque dans cette commune c’est l’organisation et la communication. Ce n’est pas un reproche, mais c ce qui me tient à cœur, c’est de rassembler les gens, qu’ils se parlent entre eux. »

LPG : Comment comptez-vous organiser cette communication, ce lien ?

JA.B : « Il existe par exemple les « voisins vigilants ». C’est une communauté présente sur le village depuis une dizaine d’années, c’est un outil qui crée du lien et qui assure la sécurité pendant des absences et qui permet de se rendre des services. À partir de voisins vigilants on peut créer des échanges de services, de prêts de matériels, une forme de solidarité élargie, un repas, cela fait partie aussi du lien social dont on a besoin. »

LPG : Ce lien social c’est votre manière à vous de définir la démocratie participative ?

JA.B : « Je ne peux pas concevoir d’action municipale ou associative ou quelque action qui soit au niveau d’un groupe s’il n’y a pas cohésion de ce groupe, et la cohésion ne se fait qu’au travers de la communication. »

LPG : Allez-vous créer des commissions extra-municipales ?

JA.B : « Quand « j’aime Poulx » m’a désigné comme tête de liste, on s’est très vite dit : il faut aller à l’écoute. Nous avons donc organisé des rencontres par quartier, et petit à petit, nous avons rassemblé 10, 20 puis 50 personnes. Dans l’assemblée générale de l’ensemble des quartiers qui a suivi, on s’est aperçu qu’il ressortait des thématiques communes : voirie, propreté, sécurité, développement durable. À partir de ce constat, huit commissions ont été créées, avec une commission transversale sur le développement durable. Aucune décision ne sera prise en mairie sans passer par le prisme du développement durable. Tout le monde a compris qu’il faut changer notre mode de fonctionnement et de consommation, ce n’est pas électoraliste, c’est une réflexion que l’on doit mener. Il faudra par exemple intensifier la déchetterie ou changer un véhicule thermique pour un véhicule hybride ou électrique en mairie, réaliser des zones de covoiturage.

Une fois que ces 8 commissions ont été créées, on a refait 3 commissions par thème, nous nous sommes donc réunis plus d’une quarantaine de fois, c’est pour cela que ce programme est voulu et désiré par les Poulxois »

LPG : Vous proposez dans votre programme d’attirer des entreprises sur la commune. ?

JA.B : « Poulx n’a aucune vocation pour accueillir une usine ou une entreprise d‘une centaine de personnes. La mairie de Poulx est très bien placée géographiquement, et nombreux sont les travailleurs indépendants qui y habitent. On a un problème de débit internet que le maire actuel malgré sa délégation à l’agglomération n’a pas réussi à résoudre, et on est aussi mal desservi en téléphonie. »

LPG : Donc plutôt des Très Petites Entreprises ?

JA.B : « On veut attirer des entreprises High-tech et tenter de créer une interrelation avec les écoles des Mines d’Alès. Actuellement certains autoentrepreneurs vivant à Poulx travaillent dans leur garage. Il faudra réfléchir à la création d’un espace équipé de haut débit style coworking qui aurait en commun un secrétariat, faciliterait les relations entre les différents partenaires. En tant que vice-président de l’agglomération je porterais ce projet. On ne se satisfera pas de garder un village dortoir en allant travailler sur Nîmes et en rentrant le soir. Une activité économique dynamique est profitable à l’ensemble d’un village. »

LPG : Quelle serait votre politique du logement ?

JA.B : « Comme la loi le prévoit chaque commune doit 30 % de ses constructions aux logements sociaux. À Poulx, il nous manque ces 300 logements. Il faut les créer. On a besoin de logements sociaux pour les personnes handicapées et vieillissantes, on a besoin d’une maison de retraite, de foyer d’enfants, établissements sur lesquels on pourrait associer une prestation médicale, attirer de nouveaux médecins, et ainsi éviter une désertification médicale. »

LPG : Vous parlez aussi de la création d’une cuisine bio ?

JA.B : « Actuellement la cuisine est en liaison froide, les repas sont fabriqués au lycée d’Alzon par la société Elior, qui livre en camions réfrigérés. Notre projet est de mettre en place des circuits courts, travailler le bio, et asseoir une activité économique capable d’employer des Poulxois, et faire travailler les commerçants de la commune. Donc créer une cuisine centrale qui serait capable de servir les écoles et déclencher des services aux mairies proches.

La mairie fournirait des locaux à une entreprise en DSP (Délégation de Service Public) qui reverserait des dividendes ce qui amortirait l’investissement initial et représenterait un faible coût pour la commune avec le plaisir de retrouver la qualité d’une cuisine élaborée sur place. »

LPG : Qu’envisagez-vous pour dynamiser les commerces locaux ?

JA.B : « Poulx est la perle de la garrigue. La commune est dotée de chemins de randonnée qui sont extraordinaires. Il faut intéresser les associations à cet aspect, en impliquer aussi les loueurs de chambres d’hôtes présents sur le village. Poulx est un village de caractère qui peut attirer une catégorie de touristes. Les activités de coworking que nous souhaitons sont complètement compatibles avec cette philosophie touristique. »

LPG : Est-ce que la problématique des transports nuit aux déplacements des Poulxois comme on peut le constater sur d’autres communes de l’agglomération ?

JA.B : « Il n’y a que Caissargues qui bénéficie du tram. Les liaisons entre Poulx et Nîmes sont surtout scolaires. Le covoiturage, la création d’un parc de covoiturage facilité par un site dédié, un parc sécurisé, c’est ce genre de pistes immédiates sur lesquelles il faut agir. La liaison qui nous manque c’est par exemple Poulx- Uzès, ou Poulx Marguerittes avec qui il faut concilier le projet de réhabilitation de la gare ferroviaire. »

LPG : Quel est votre vœu le plus cher ?

JA.B : « C’est bien entendu avant tout d’être élu maire de Poulx avec mon équipe si dynamique. Mais je souhaite très sincèrement que dans 6 ans, il n’y ait pour Poulx qu’une seule liste. »

LPG : Qu’entendez-vous par là ?

JA.B : « Très vite quand je serai élu je proposerai à l’autre liste de travailler avec nous et je m’engage à les écouter, contrairement à eux. Le maire Patrice Quittard aurait dû prendre le temps d’écouter l’opposition contre la réalisation d’un stade pour un montant de 1,7 million d’euros et entendre nos arguments pour un coût moindre, une utilisation plus adaptée, un autre emplacement. C’est un manque de vision du maire actuel, il faut en finir avec cet archaïsme qui consiste à dire que l’opposition n’a jamais raison. Il faut œuvrer collectivement pour Poulx. »

 



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