Jacques Prévert : le jongleur des mots

Il y a 120 ans naissait Jacques Prévert. L’humour, faut-il le rappeler, faisait partie de son répertoire. De son œuvre faite de poèmes dont certains chantés par Yves Montand ou Juliette Greco, de scénarios adaptés pour de nombreux films, voici quelques morceaux choisis pour rendre hommage à ce surréaliste qui trouvait son inspiration dans les milieux populaires.

Jacques Prévert (février 1900 – avril 1977) se livrait avec virtuosité au jeu poétique et littéraire de l’acrostiche. L’acrostiche est un poème dont les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, composent un nom, un mot clé. Dans la crosse en l’air (1900 – 1976) le poète en illustre la pratique :

 

Je ne suis pas libre penseur dit le veilleur

je suis athée

hein quoi dit le Saint-Père

et l’autre dans le tuyau de son oreille

l’autre se met à gueuler

allô allô Saint-Père vous m’entendez

athée

A comme absolument athée

T comme totalement athée

H comme hermétiquement athée

É accent aigu comme étonnamment athée

E comme entièrement athée

pas libre penseur

athée

il y a une nuance…

 

Adepte de la cacographie

Au siècle dernier la « cacographie » était une méthode d’enseignement du français (du grec kakos, mauvais, et graphein, écrire). Le maître donnait des phrases farcies de fautes d’orthographe que ses élèves devaient trouver et corriger. Jacques Prévert à sa manière en donne une illustration :

 

C’est ma faute

C’est ma faute

C’est ma très grande faute

D’orthographe

Voilà comment j’écris

Giraffe

 

Glissade de la langue ou contrepèterie : « Trompez sonnettes ! » Oups ! « Sonnez trompettes ! »

La véritable contrepèterie doit être volontaire et devient un art pour celui qui s’entraîne à cette inversion d’apparence anodine. François Rabelais (1494-1553) passe comme l’inventeur de ce procédé qu’il nommait antistrophe. Dans Pantagruel (XVI) Panurge disait qu’il n’y avait qu’un antistrophe entre femme folle à la messe et femme mole à la fesse.

Plus tard Jacques Prévert a parodié à sa manière le célèbre vers d’Edmond De Haraucourt (1856 – 1941) « Partir c’est mourir un peu » en forme de contrepet : « Martyr, c’est pourrir un peu. »

Parodies « perdu »

Dans Paroles ce surréaliste de la poésie parodie à sa manière la fameuse exhortation de Bonaparte aux Pyramides (Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent). Il la transforme ainsi :

 

Soldats ! Du haut de ces pierres humides

Vingt mille lieues sous les mers vous contemplent !

 

Si vous passez dans le Cotentin, faites un détour à Omonville -la-Petite, charmant village près de La Hague. Jacques Prévert y repose sous un modeste rocher de granit et un rosier rouge créé pour lui. Alors, vous entendrez peut-être le vent du large vous souffler ce que cet écologiste de la première heure disait :

 

Notre Père qui êtes aux cieux

Restez-y

Et nous nous resterons sur la terre

Qui est quelquefois si jolie.



Catégories :Et si les mots pensaient ?

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5 réponses

  1. ça y est je dois être contaminée (par quoi je ne le sais) mais je me répète!!!

  2. super je sens que je deviens bonne en fôtes

  3. J’adore et mes fôtes s’envolent.

  4. j’adhère et moi aussi j’abandonne les fôtes.

  5. Excelent, Joshen, je ne fait plus de fauttes dans mes commenterres. Je suis un adepte de la cacografie.

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