Hayao Miyazaki, le maître de l’animation japonaise

Que celui qui n’a jamais versé une larme sur un film d’Hayao Miyazaki lève la main. Le réalisateur de tant de films à succès comme pour n’en citer que quelques-uns, Nausicaä de la vallée du vent, Le château dans le ciel, Kiki la petite sorcière, Princesse Mononoké, le voyage de Chihiro, le château ambulant et plus récemment Le vent se lève, fête aujourd’hui ses 80 ans.

Le Japon du fait de sa culture, ses traditions ont toujours fasciné l’Occident et fascine encore. Cette diversité se retrouve également dans l’Art. Ainsi en Europe nous avons les bandes dessinées alors que le Japon a les mangas. Des livres dont la lecture se fait à l’envers et qui sont très codifiés avec plusieurs genres pour différents lecteurs. Le cinéma ne déroge pas à la règle. Bien que des films japonais soient très célèbres (Les sept samouraïs, Ran…), c’est curieusement dans le film d’animation qu’il a écrit ses plus grands chefs-d’œuvre dont Hayao Miyazaki est passé Maître.

 

Un humaniste avant tout

Né le 5 janvier 1941 à Tokyo, Hayao Miyazaki est un dessinateur, réalisateur et producteur de films d’animation japonais, cofondateur du célèbre Studio Ghibli avec Isao Takahata.

Sa petite enfance est marquée par un Japon dévasté par la seconde guerre mondiale.

Presque inconnu en Occident en dehors des cercles d’amateurs d’animes et de mangas jusqu’à la sortie internationale de Princesse Mononoké en 1999, ses films rencontrent ensuite un grand succès partout dans le monde et surtout au Japon où certains ont battu des records d’affluence.

Il explore souvent les mêmes thèmes centraux, la relation de l’humanité avec la nature, l’écologie et la technologie, ainsi que la difficulté de rester pacifiste dans un monde en guerre. Les protagonistes de ses films sont le plus souvent de jeunes filles ou femmes fortes et indépendantes, et les « méchants » ont des qualités qui les rendent moralement ambigus, comme les kamis de la religion shintoïste.

Ses œuvres sont tout aussi accessibles aux enfants qu’aux adultes.

 

Des personnages très attachants et facilement assimilables pour tout public

Beaucoup des héros des films de Miyazaki sont des enfants ou des adolescents. Miyazaki explique que lorsqu’il imagine ses scénarios, ses personnages, ce sont spontanément des enfants.

Les films de Miyazaki sont destinés à tous : ses personnages permettent à la fois l’identification du jeune public et un développement psychologique important. Les enfants sont caractérisés par leur naïveté liée à la découverte de leur environnement, leur spontanéité, leur enthousiasme et n’ont souvent pas encore acquis la réserve des adultes (en particulier au Japon). Ce type d’animation permet donc une appropriation rapide pour le jeune public. Toutefois, leur rôle les met souvent dans des situations où les événements leur confèrent une forte responsabilité (d’eux-mêmes comme des autres) et les poussent à agir en adulte.

Les femmes occupent donc une place importante dans son œuvre. On les retrouve dans tous ses films, jouant souvent un rôle majeur lorsqu’elles ne tiennent pas le rôle principal. Elles sont à la fois fortes et vulnérables, craintives et téméraires. Tous les âges sont représentés dans sa filmographie, allant des petites filles de Mon voisin Totoro à l’aïeule de Nausicaä. Ce sont des femmes, dirigées par Dame Eboshi, qui travaillent à la forge dans Princesse Mononoké, et des femmes qui réparent l’hydravion de Marco dans Porco Rosso.

Les liens filiaux présentés par Miyazaki sont presque exclusivement de type mère-fille. Il met souvent en scène la rupture de ce lien, un pas vers l’âge adulte et la transmission d’un patrimoine de la mère à sa fille, comme dans Kiki la petite sorcière.

 

Une œuvre inspiré par les ravages de la seconde guerre mondiale

Miyazaki s’inscrit dans la lignée des artistes traumatisés, obsédés par la bombe atomique. En effet, l’idée d’armes dévastatrices est un thème très représenté, aussi bien dans les mangas, que dans les œuvres d’art ou les films d’animation. Bien que Miyazaki ait été très jeune lors de cette guerre (il avait quatre ans lors des bombes nucléaires de Hiroshima et de Nagasaki), il l’a vécue et ressentie au travers de sa mère et son entourage durant toute son enfance et sa vie d’aujourd’hui.

Le Château dans le ciel, inspiré d’un épisode des Voyages de Gulliver, a pour sujet une pierre flottante aux pouvoirs apocalyptiques que l’armée convoite. Dans Nausicaä de la vallée du vent, on retrouve des guerriers géants, plus grands et plus dévastateurs que tout, puisqu’en « sept jours de feu », ils ont réduit le monde à néant.

Les engins volants, machines souvent représentées, rappellent le passé de Miyazaki (son père, Katsuji Miyazaki, était directeur de Miyazaki Airplane, une entreprise en aéronautique), qui a longtemps dessiné des avions avant de s’essayer aux personnages. Son intérêt pour les machines volantes et tout ce qui vole en général se retrouvent dans la plupart de ses films.

 

 

À la manière de Walt Disney, il souhaite tout contrôler

Miyazaki s’implique énormément en créant ses films, souvent en tant que scénariste et réalisateur à la fois. Il vérifie personnellement tous les dessins de ses premiers films mais, à la suite de problèmes de santé provoqués par la surcharge de travail, il délègue une partie de ce travail à d’autres membres du Studio Ghibli. Dans une entrevue en 1999, il disait : « à cet âge, je ne peux plus faire le travail que je faisais. Si mes employés peuvent me seconder et si je peux me concentrer sur la réalisation, il y a encore plusieurs films que j’aimerais faire ».

Miyazaki dit se refuser à réaliser ses films en se laissant guider par un schéma préétabli et éprouvé ou un thème identique. Même si nombre de ses films présentent des récurrences au niveau des thèmes abordés, du scénario ou encore des personnages, ces récurrences sont liées aux thématiques et valeurs universelles qui ont une place centrale dans le scénario. L’univers de Miyazaki repose sur la pédagogie, l’éveil de l’enfance et la curiosité, les valeurs universelles et écologiques.

Miyazaki fait souvent référence à l’écologie, thème exploré dans plusieurs de ses films. Dans une entrevue avec The New Yorker il dit qu’une grande partie de la culture moderne est « légère, superficielle et fausse », et qu’il attend, « pas complètement en plaisantant », une ère apocalyptique où les « herbes vertes sauvages » reprendront la Terre. Toutefois, il suggère que les adultes « ne devraient pas imposer leur vision du monde aux enfants ». En juin 2011, à la suite de l’accident nucléaire de Fukushima, il se prononce officiellement contre le recours à l’énergie nucléaire.

 

Dans tous les films de Miyazaki, quel que soit le sujet, on trouve un endroit de paix éternelle loin de la civilisation, calme, où seul le bruit du vent, des oiseaux et de l’eau viennent troubler le silence : un décor pur et verdoyant, sans trace de l’homme. Plaine à herbe haute, cœur d’un arbre ou d’une forêt, îlot flottant en plein ciel ; subtiles, ces images établissent souvent le contexte le plus fort de ses mondes animés. À 80 ans, nous espérons que celui qui nous a tant fait rêver ait pu trouver une paix intérieure.



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