[EDITO] : Le jour d’après

Le P.-D.G. de la start-up France et du « Nouveau Monde » vient de battre un record : celui de la grève la plus longue depuis 1968. Vainqueur d’une seule élection et entouré de personnes relevant du même profil que lui, Emmanuel Macron ne fait que communiquer plus que gouverner. Est-ce que la deuxième partie de son quinquennat ne serait pas de redessiner le combat entre Marine Le Pen et lui ? Son électorat est surtout composé de celui de la droite et cette réforme des retraites y répond parfaitement. Sa seule chance d’être réélu en 2022 est d’être face à l’extrême droite. Il lui faut un socle de 25 %. C’est cet électorat qu’il entretient au détriment d’une demande sociale forte.

Depuis son élection Emmanuel Macron n’a de cesse de faire bouillir la marmite sociale. Tout a commencé par la réforme du Code du travail pour se poursuivre avec les mouvements des gardiens de prison, ceux des EPADH, des cheminots, des gilets jaunes, de l’éducation nationale, de la fonction publique et territoriale, des urgentistes, des hôpitaux, etc. et depuis le 5 décembre le conflit sur les retraites. Est-ce une stratégie assumée ou un manque d’expérience politique ? Son objectif est de faire à tout prix passer une réforme pour satisfaire et surtout conserver son électorat avec en vue la prochaine élection présidentielle. Stratégiquement Jupiter nous donne l’impression de copier Donald Trump qui n’a de cesse d’être toujours en campagne électorale afin de communiquer de manière permanente auprès de ses irréductibles électeurs, son socle indispensable, et de leur servir les plats qu’ils attendent pour assurer sa réélection. Socialement et politiquement cette attitude peut s’avérer dangereuse.

Vers une radicalisation et un retour de la violence

Pour ceux qui sont en grève depuis cinq semaines et peut-être plus, qui ont sacrifié les fêtes de fin d’année et qui vont toucher une paye proche de zéro, il n’est pas pensable de terminer une telle action qui a paralysé une partie du pays et ne rien obtenir. Est-ce que certains ne vont pas se souvenir qu’il y a tout juste un an, en bloquant des ronds-points et en cassant, les gilets jaunes ont fait peur au pouvoir, au point de le faire vaciller ? Les pratiques transgressives des gilets jaunes, dans leur « non-organisation », hors des cadres conventionnels des organisations politiques ou syndicales déclarées ont fait reculer le gouvernement. Message très dangereux de la part du pouvoir dont certains risquent non seulement de se souvenir mais de mettre en pratique : « si vous n’usez pas de pratiques violentes, vous n’aurez rien ». Aujourd’hui la tension est tellement forte et la marmite sociale en surchauffe, que si Jupiter, comme ses prédécesseurs de l’ancien monde jouait la carte du pourrissement, on risquerait de s’orienter vers une radicalisation de certains syndiqués, voir non syndiqués.

Des syndicats vieillissants ?

Dans l’histoire des luttes sociales les exemples de transgressions sont nombreux. De l’occupation des usines pourtant interdites en 1936 jusqu’aux gilets jaunes aujourd’hui, des citoyens se sont emparés de méthodes illégales. Organisations de manifestations sans les déclarer, violences, pas de représentant désigné, pas d’interlocuteur face au gouvernement, occupation illégale du domaine public, les gilets jaunes ont par leurs actions redonné sens à un lien social et ont remis sur le devant de la scène les oubliés des classes populaires et des petites classes moyennes. Pourquoi n’y a-t-il pas eu convergence entre ce mouvement et les syndicats ? « Cela voudrait dire créer des plateformes revendicatives et des actions communes. C’est un degré qui n’a pas encore été totalement atteint. Même si, localement, dans un certain nombre de villes, on observe malgré tout des initiatives intéressantes » déclare Stéphane Sirot, professeur d’histoire des idées politiques à l’université de Cergy Pontoise (Val d’Oise), spécialiste du syndicalisme et des mouvements sociaux et auteur de « Les syndicats sont-ils conservateurs ? » Est-ce à dire que dans les esprits, principalement des gilets jaunes et de personnes soutenant leur action, il ne faudrait pas sortir des mobilisations routinières et des défilés très structurés organisés par les syndicats pour obtenir gain de cause et réfléchir à d’autres modes d’actions ?

Vers une nouvelle culture syndicale

Le mouvement des gilets jaunes a donné un « coup de vieux » aux syndicats en démontrant qu’en dehors de la sphère des organisations représentatives des idées d’actions radicales et violentes apparaissent beaucoup plus séduisantes et efficaces. Il n’est pas inutile de rappeler que c’est grâce à des actions disruptives que les syndicats, dans leur histoire, ont permis des avancées sociales importantes et fait reculer le pouvoir en place tout comme, dans une certaine mesure, les gilets jaunes aujourd’hui. Cependant sans corps intermédiaires il est difficile d’élaborer des compromis et de négocier une sortie de crise. Ne faudrait-il pas que les syndicats s’interrogent sur ces mouvements spontanés d’individus qui réclament ce qu’eux-mêmes défendent afin de créer un rapport de force nouveau face à un gouvernement sourd aux attentes et aspirations d’une grande partie de la population ? Pour Macron les syndicats appartiennent à l’ancien monde et sont un frein pour la start-up nation. Il a ignoré leurs propositions pour réformer la formation professionnelle et les a mis en échec sur l’assurance chômage. Les syndicats sont faibles, Macron profite de cette faiblesse.

En Marche ! Et vite…

Visiblement le gouvernement veut absolument faire passer sa réforme contre vents et marées. La proposition de la CFDT de proposer une conférence sur le financement des retraites s’étalant jusqu’au mois de juillet est-elle une « grosse ficelle », un moyen de sortie de crise ? Cette proposition reste conditionnée à une revendication non négociable de ce syndicat : l’abandon de l’âge pivot. Est-ce que le gouvernement qui trouve que « l’idée est bonne » ne va pas s’en servir pour détourner l’attention et faire passer son projet ? D’autre part pourquoi ce projet de loi a-t-il déjà été transmis au conseil constitutionnel alors qu’un gouvernement « peut demander une consultation en quinze jours, voire parfois en toute urgence » précise Didier Maus, spécialiste du droit constitutionnel ?

Président des riches : pour qui les bonnes recettes ?

Si les manifestants qui défilaient aujourd’hui avaient pu lire que les entreprises du CAC 40 ont versé à 49,2 milliards d’euros en 2019 de dividendes à leurs actionnaires , soit 15 % de plus qu’en 2018, source Vernimmen.net « les 10 entreprises qui reversent le plus à leurs actionnaires » (dividendes et rachats d’actions, numéro 175, janvier 2020) auxquels s’ajoutent 11 milliards d’euros sous forme d’action, ils auraient certainement établi le rapport entre une retraite minimum et un ruissellement dont ils ne sentent pas la fraîcheur immédiate. À titre d’information Total arrive en premier de cordée avec 8,6 milliards reversés. La méthode du discours de Macron ne suffira certainement pas à expliquer ce paradoxe et à calmer les milliers de manifestants d’aujourd’hui. Ses mots sont des maux, et, pour ramener le peuple à la raison, Jupiter, persuadé qu’il suffit de causer quelques heures dans une salle municipale pour ramener le peuple à la raison à encore du chemin à parcourir pour prendre en compte jusqu’au dernier de cordée.

 

 

 

 

 

 

 

 



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3 réponses

  1. « Pan sur mon stylo »
    C’est effectivement le conseil d’Etat
    Merci Claude pour votre commentaire et votre remarque.

  2. Merci Joshen pour cette analyse fouillée des impasses dans lesquelles s’enferme ce gouvernement. Il est urgent de réformer ce système de démocratie par délégation. On attend plus des élus qu’ils s’engagent sur une méthode de gouvernement (concertation sur les problèmes posés, coconstruction des solutions, évaluation systématique des politiques mises en œuvre, votations citoyennes, …) que sur des promesses électorales.
    Petite remarque : il me semble que le texte a été adressé au Conseil d’Etat, et non au Conseil Constitutionnel.

  3. Belle citation Joshen et illustration parfaite de ce que nous vivons…

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