La BD « Détox » : « Débranche tout, et revenons à nous »

Chaque Français regarde en moyenne 272 fois par jour son smartphone, se gave d’infos télévisuelles en continu, passe trois heures devant les réseaux sociaux, dort moins de 7 heures par nuit. Quand il rentre du travail la déconnexion avec son employeur ne se fait pas, surtout s’il y a des mails à traiter. Une vie de dingue à 200 à l’heure. Qui n’a jamais eu envie de se désintoxiquer de ces écrans devenus un boulet imaginaire, que chacun s’impose. C’est le thème de la nouvelle bande dessinée de Jim et Antonin Gallo « Détox »

Matthias est un quinquagénaire parisien qui brule la chandelle par les deux bouts. Homme d’affaires hyper actif et amateurs de vins, de femmes et de bonne bouffe, son médecin s’inquiète de voir sa santé se dégrader. Ses amis même, lui proposent de se reposer pour éviter un accident. Sa vie bascule le jour, où une de ses consœurs décède en pleine réunion d’un AVC.

Il part sur le champ dans un stage où on le désintoxiquera de sa vie ultra connectée. Et c’est loin d’être une partie de plaisir. Lui, le branché, se retrouve au milieu de nulle part, avec ordre de donner l’objet qui lui est le « plus vital » : son smartphone. Commence alors pour Matthias une cure de dix jours avec des personnages face à lui hauts en couleurs, qu’il va devoir découvrir et accepter.

Détox de Jim et Antonin Gallo est le premier tome d’une série qui en comptera deux, « le déni » puis le second « l’acceptation ».

Tirée d’une histoire vraie, Jim continue à explorer les tréfonds de de la nature humaine et de cette recherche continue, toujours aller plus vite et gagner plus d’argent.

Des dessins très recherchés et réalistes, en sépia, de vraies gueules, les auteurs ont réussi a immergé le lecteur dans la vie de cet homme en quête de renouveau.

Cette bande dessinée qui ne peut laisser le lecteur froid tant il va se retrouver face à lui-même, à ce besoin d’instantanéité dans les infos, les relations aux autres via les réseaux sociaux.

Avec plus de 90 albums au compteur, Jim est un scénariste prolifique et de renom. Son album mythique « Une nuit à Rome » a été élu meilleur album 2013 au festival international de Nîmes.

Entretien avec Jim pour nous parler de la bande dessinée « Détox » disponible aux éditions Grand Angle et comprenant 80 pages.

© Emma Terrasson

Le petit Gardois : Jim, vous êtes le scénariste de votre nouvelle BD Détox. Volume 1 – Le déni. Comment vous est venue l’idée de ce thème ?

C’est un ami qui est venu à la maison et qui revenait d’un stage détox, il avait perdu pas mal de poids, et il a commencé à me raconter son périple pendant 10 jours. La manière dont il m’a raconté cela, j’en pleurais littéralement de rire, mais aussi stupéfait, que lui, qui est plutôt un homme de la ville se coupe du monde pour se réfugier en pleine nature.


Il m’a raconté combien ce stage avait été particulier : on lui avait pris ses deux téléphones portables, il s’était bloqué le dos, il y avait un côté épreuve assez déroutant.


Je me suis donc projeté et je me suis demandé ce que l’on pouvait ressentir à vivre cette expérience.

L.P.G. : Les personnages que vous représentez sont criants de vérité, font-ils partie de vos connaissances ou de vos amis ?

Oui et en particulier le personnage principal qui est la personne qui m’a raconté son histoire dont découle Détox. Il vient d’ailleurs poser chez moi, mais je me dessine aussi et me mets dans des rôles de petits figurants.

L.P.G. : Est-ce votre première collaboration avec Antonin Gallo ?

Nous avions déjà tâtonné sur un projet ensemble il y a quelques années. Nous avons donc refait des essais et j’adorais son travail sur les décors de l’histoire et moi je m’occupais du personnage, nous avons vu que cela collait. Détox allait se concrétiser.

L.P.G. : Le premier tome est en couleur sépia, y t-il une raison particulière ?

Antonin Gallo faisait des gris et pour réchauffer un peu j’ai rajouté quelques touches, d’ocre, jaune, doré car cela apportait un ensemble un peu plus chaleureux. Après on peut toujours interpréter, se dire qu’il y a un côté nostalgie, car il y a de petits flash-back et c’est un code couramment utilisé, mais en vérité c’est purement esthétique.

L.P.G. : Avez-vous débuté le second tome ?

Nous en avons fait environ dix pages. Cette série, je l’ai toujours regardée comme une récréation à côté d’autres projets qui sont, eux, très écrits.


Je connais la fin, mais entre la page 10 et la page 50, non. Je dois connaître 10/ 15 pages où j’ai des scènes clés que je veux positionner, mais il reste encore beaucoup de flous. C’est très confortable sur un tome 1, car l’on sait que l’on va pouvoir repousser le problème et le résoudre, c’est un peu plus angoissant sur la fin de la série, car on ne peut pas se louper.

Cette bande dessinée est une vraie réussite et nous attendons avec impatience la sortie du Tome 2. 



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