Des vêtements, des tissus, des voiles et autres atours féminins ou pas…

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Par Jacques Gleyse, professeur émérite, Université de Montpellier, Laboratoire LIRDEF, EA 3749.

     

 

Chaque fois que des élections approchent la question des vêtements dits « islamiques » reviennent au centre des discussions, des buzz et des médias, de l’agenda setting. Mais les vêtements n’ont pas été mis en cause uniquement sur ce type de problématique.

Par exemple, les députés mâles de la France insoumise refusent de porter une cravate — à part Jean-Luc Mélenchon qui en a l’habitude —, à l’Assemblée Nationale après leur élection, cassant ainsi le code conventionnel et provoquant un tollé et un énorme buzz dans les médias mainstream. François Ruffin, lui, écope d’une amende pour être venu à la tribune de l’Assemblée avec un maillot de foot au lieu du sempiternel costume-cravate, des élus politiques, VRP, petits et grands chefs, DRH, etc.… Encore lui se fait réprimander pour une chemise qui dépasse du pantalon. Cécile Duflot en son temps, devenue ministre avait aussi fait l’objet de cette police du vêtement arrivant en jean au Conseil des Ministres.

On perçoit bien que la devise : « l’habit ne fait pas le moine » ne semble pas partagée par tout le monde en France. Bien au contraire, on pourrait tout à fait penser au regard de ces événements que l’habit fait le moine ou plutôt l’habit fait le député, fait la ministre, fait la musulmane…

Ma collègue et amie brésilienne Carmen Lucia Soares qui a travaillé, en 2009[1], sur le vêtement sportif dans l’un de ses ouvrages, montre bien que le vêtement n’est pas que de la matière, il est évidemment symbole et symbolique sociale. Il doit à la fois être fonctionnel mais aussi affectuel, il est empli de fantasmes, d’émotions, de traditions, de sociabilité, de symbolique.

 

Différenciations vestimentaires et indifférenciations

L’histoire du costume, par exemple, montre bien que l’on passe d’un costume généralement impersonnel en occident jusqu’au XIVe siècle puis s’ouvre ensuite la période du costume personnalisé. Cette indifférenciation par exemple des sexes des enfants en termes de vêtement perdurera jusqu’au début du XXe siècle en France dans les classes populaires. En général, il s’agit pour les filles comme pour les garçons d’une sorte de robe plutôt claire voire blanche mais elle peut aussi quelques fois être claire.

Photo d’une classe mixte à Camurac, 1900. On voit les vêtements souvent unisexes et populaires.

La différenciation ne viendra que de l’aristocratie (qui cherche toujours de toute façon à se différencier des classes populaires évidemment aussi pour des raisons financières) avec notamment le code couleur stéréotypal : rose pour les filles et bleu pour les garçons qui naîtra du « rose Pompadour » initialement imposé à la cour de Louis XIV par Marquise du même nom, aussi bien sur ses vêtements que sur ceux de ses servantes et de ses demoiselles d’honneur et surtout sur les services de porcelaine qu’elle utilisera par la suite. Cette couleur sur des porcelaines était extrêmement précieuse et rare. Mais c’est au début du XXe siècle que, sentant la bonne affaire, selon la chercheuse californienne Jo B. Paoletti et selon Scarlett Beauvalet-Boutouyrie et Emmanuelle Berthiaud dans l’ouvrage intitulé : Le Rose et le bleu. La Fabrique du féminin et du masculin (2016), un industriel américain des vêtements a commencé à proposer des vêtements différenciés roses pour les petites filles et bleus pour les petits garçons. Cela bien sûr doublait les bénéfices en doublant les vêtements des enfants selon le sexe. Ce stéréotype de genre s’est ensuite popularisé et vulgarisé. Pourtant jusqu’à la Marquise de Pompadour le bleu était plutôt attribué aux filles en référence au bleu céleste de « la vierge Marie » dans la religion chrétienne et le rose tirant sur le rouge aux chausses et autres vêtements des hommes et particulièrement des chevaliers et des guerriers.

Aujourd’hui ce stéréotype rose, bleu est largement remis en cause, dans certaines classes sociales, pour revenir sans doute à l’indifférenciation sexuelle originelle des vêtements d’enfants.

Robe rose « Pompadour »

Porcelaine précieuse rose « Pompadour »

L’histoire du vêtement et du costume montre, sans remonter à la période des peaux de bête du paléolithique, que depuis 10 000 ans (néolithique) il a existé cinq types de costumes. Le costume drapé (paréo, sari, sarong, pagne, himation, chendjit, toge), le costume enfilé (paenuela romaine, huque, poncho), le costume cousu et fermé constitué de plusieurs pièces d’étoffe (chiton grec, tunique ionienne, gandoura, blouse et chemise), le costume cousu et ouvert (caftan, redingote), le costume fourreau (ajusté, près du corps, ancêtre du pantalon), jamais porté seul et composant un binôme avec le caftan.

Il faut noter que la différenciation vêtement féminin vêtement masculin, comme pour le vêtement infantile, existe par de tout temps. Elle s’initie notamment en Syrie, Palestine et Phénicie, il y quelque 3 ou 4 millénaires (5 000 à 6 000 ans avant aujourd’hui). Le turban par exemple sera pour les hommes, les femmes, elles, portent une coiffe sorte de tiare cylindrique d’où part un long voile enveloppant généralement réservé aux femmes mariées. Le vêtement féminin est un grand châle drapé, ample et tissé.

Les Hébreux auraient porté un grand châle enroulé plusieurs fois autour du corps et retenu par une ceinture (on le voit sur des toiles de l’âge classique). Les femmes portent une tunique unie, longue et un voile les enveloppant jusqu’au pied. Elles auraient eu le visage et les cheveux découverts. Pourtant Tertulien au IIIe siècle, selon l’encyclopédie en ligne Wikipédia, à Carthage, exhorte les chrétiennes à sortir voilées comme les juives.

Très clairement, le Deutéronome assigne un genre aux vêtements. Il est interdit sous peine de sanctions sévères aux femmes de porter des vêtements masculins et vice-versa.

La Torah prohibe plus généralement les vêtements plissés transparents égyptiens et rejette les modes efféminées égyptiennes. Marc-Alain Descamps constate que : « Tous les peuples de toutes les époques ont utilisé le vêtement pour indiquer le sexe de celui qui le porte. Les costumes masculins et féminins sont toujours et partout différents ». Il constate que la mode unisexe n’a jamais réussi à s’implanter nulle part même dans les sociétés en apparence les plus égalitaires (boutons de jeans et de chemises à droite ou à gauche). Aujourd’hui par exemple, en été, le short est très différent pour les jeunes femmes et les jeunes hommes. C’est pourtant le même vêtement. Il est moulant et laisse apparaître très clairement les formes pour les femmes, laissant parfois voir les fesses et dessinant la vulve, alors qu’il est ample et descend beaucoup plus bas pour les hommes effaçant, au contraire, toute forme corporelle. Dans les sociétés occidentales, depuis longtemps, (avec quelques exceptions de modes unisexes au cours des années folles ou dans l’après Mai 68), les femmes doivent, dans les stéréotypes les plus couramment véhiculés, exhiber leur corps et les hommes au contraire le dissimuler. On peut voir cela très clairement aujourd’hui encore sur les plages, mais aussi pour les vêtements portés en athlétisme par les garçons et les filles mais aussi dans d’autres sports (tennis…) et en bien d’autres occasions. Les sous-vêtements masculins et féminins (strings versus boxer) peuvent aussi témoigner de cela. Autant les femmes sont plus ou moins tenues d’exhiber leur intimité, autant les garçons sont plus ou moins enjoints à la cacher.

Le déjeuner sur l’herbe est un peu le prototype de cette exhibition des femmes et dissimulation des hommes.

Du voilement des femmes en Orient et… en Occident

Le hidjab ou hijab ou plus clairement aujourd’hui « foulard islamique » trouverait ses origines au proche orient. Des tablettes assyriennes du roi Teglath-Phalassar Ier, il y a environ 3 000 ans décrivent l’obligation du voile pour les femmes et filles d’hommes libres. Il est interdit aux esclaves et aux prostituées. Le voile est donc, à l’origine, un signe de distinction sociale. Il semblerait aussi que le voile selon Josy Eisenberg ait été l’objet de lois antiques dans les civilisations sémitiques comme les Assyriens qui obligeaient les femmes mariées à le porter. On retrouve ce port du voile dans les premières communautés chrétiennes. Saint-Paul dans l’épître aux Corinthiens aurait affirmé que : « l’homme lui ne doit pas se voiler. Il est l’image de la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l’homme. C’est pourquoi une femme doit avoir sur la tête un signe de sa dignité à cause des anges. [et que] pour la femme, la chevelure lui a été donnée en guise de voile ».

Certains affirment que cette distinction est reprise dans le Coran, pourtant lorsque je fais une recherche du mot « voile » sur le texte intégral d’un Coran traduit en langue française en version Pdf, je ne trouve nulle part le mot « voile » au sens où nous l’entendons et nous le voyons porté aujourd’hui : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile [Khimar en arabe et non hidjab, autrement dit fichu] sur leurs poitrines [jouyoub, en arabe signifie échancrure, gorge, seins ou décolleté le traduire par « visage » ou cheveux est donc fautif] ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes » (Sourate 24, verset 31). Une autre traduction de Denise Masson et André Chouraqui est formulée ainsi : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de resserrer sur elles leur mante : c’est pour elles le meilleur moyen de se faire connaître et de ne pas être offensées. – Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux », mais dans ce cas la sourate indiquée est la 33 et le verset 59. Ce qui ne correspond pas à la traduction du Coran que j’ai utilisée de mon côté.

Le verset 60 dit aussi clairement que cela ne s’applique pas aux femmes touchées par la ménopause. Dans tous les cas on note que le voile n’est pas sur le visage mais qu’il doit être sur la poitrine. Autrement dit, ce n’est pas le visage qu’il s’agit de ne pas montrer mais bien plutôt les seins. Ce ne sont pas les cheveux qu’il faut voiler mais bien la poitrine. Il était en effet tout à fait possible à cette période que les femmes puissent se montrer poitrine nue puisque selon Norbert Elias les questions de pudeur, etc.… se sont développées à partir du XVIe siècle et pour Jérôme Thomas au plus tôt dans les communautés monastiques autour du XIIe ou XIIIe siècle en occident.

Selon d’autres traductions du Coran, il existe des controverses sur le sens du hidjab. Le mot est utilisé dans le Coran sept fois et en fait pas du tout allusion au vêtement féminin mais à un rideau puisque le vêtement féminin est khoumour et jalâbîb. Il aurait pour fonction de séparer les femmes du prophète de ses invités, comme une sorte de cloison de tissu.

En outre selon certaines traditions le voile aurait été porté afin que les femmes libres ne puissent pas être confondues avec les esclaves. En effet, si la nuit une esclave était dans la rue n’importe quel homme pouvait en abuser sans retenue. Le voile ainsi servait à reconnaître les femmes dont on ne pouvait pas abuser, selon les recommandations du Coran (dans ses premiers temps à Médine).

Par ailleurs, il faut noter que hadjaba signifie dérober au regard, cacher et qu’il peut aussi se traduire par rideau et par écran… La question est donc de séparer. Ainsi il n’est pas sûr que les traditions du Coran, différentes, n’aient pas fait une erreur d’interprétation.

On doit dire, enfin, qu’il existe quantité de voiles très différents selon les régions du monde et les conceptions. Le tchador ne couvre pas le visage du moins en Iran. Lorsqu’il s’appelle burqa il ne laisse rien voir du corps. Selon les théologiens éclairés de l’Islam ce sont les influences salafistes (sorte de secte du sunnisme) qui auraient fait glisser progressivement du voile hidjab au voile tchador ou burka.

         

En réalité, le monde occidental et le monde arabo-musulman, depuis quelques siècles mais aussi plus récemment depuis une quarantaine d’années avec l’essor du salafisme et du wahhabitisme, vivent, pour les vêtements, dans des mondes quasi inversés tout comme l’écriture « romaine » est à contresens de l’écriture arabe. En effet, si comme on l’a vu, les femmes dans le monde arabo-musulman doivent être dissimulées, les hommes au contraire sont visibles et doivent se montrer dans la sphère publique (il suffit de fréquenter des cafés majoritairement « arabo-musulmans » dans la soirée pour le voir). Selon Mohamed Khmalia, (Thèse 2009, Université du Littoral Côte d’Opale, dir. Jacques Mikulovic : Conduite corporelle et niveaux d’intégration sociale : étude socio-conative des jeunes femmes issues de l’immigration maghrébine en France), chercheur tunisien, les femmes, dans ce monde, relèveraient du domaine du privé et de la sphère privée, où qu’elles soient (d’où la burqa qui permet de conserver le privé dans la sphère publique) à l’inverse, les hommes eux relèvent de la sphère publique.

Il reste qu’aujourd’hui, des jeunes femmes occidentales, finalement dans une opposition de facto à toutes les luttes féministes égalitaristes de l’Occident, depuis la fin du XIXe siècle au moins (les suffragettes et les pétroleuses), transgressent le code de l’exhibition féminine pour le remplacer par celui de la dissimulation, de la privatisation. L’égalitarisme féministe en France avait aussi conduit en Occident après mai 1968 à des modes vestimentaires presque unisexes dans différents domaines. Par exemple, les maillots sur les plages pour les femmes comme pour les hommes s’étaient réduits au monokini, heurtant de front, de ce fait, les traditions bourgeoises antérieures voire les traditions réactionnaires.

    

Photos de la beat generation, Femmes à cheveux courts, hommes à cheveux longs, rupture des codes vestimentaires, nudité. Une image du film Hair.

Le vêtement fétiche de la beat génération, des hippies et beatniks au-delà des fripes de différentes époques, était le tee-shirt et le jean qui, pour les jeunes femmes, se portait assez fréquemment sans aucun sous-vêtement rompant ainsi avec les codes et stéréotypes vestimentaires des générations précédentes. Parfois même, les vêtements féminins et les codes masculins étaient inversés par rapport à la génération précédente, ce qui allait de pair avec les cheveux longs pour les garçons et très courts pour les filles, les voix aiguës des chanteurs de hard-rock et plus graves des chanteuses. Cela s’était déjà plus ou moins produit pendant les années folles avec les « garçonnes » (la chanson interprétée par Alexandre Dréan en 1924 : « elle s’était fait couper les cheveux ») et au sortir de la deuxième guerre mondiale avec les zazous (cheveux longs sur le cou pour les hommes).

On comprend bien que cette génération et pas seulement elle, qui a vu les codes vestimentaires renversés ou supprimés pour les femmes et les hommes ne puisse très difficilement accepter qu’une tradition dite séculaire (mais qui ne l’est pas tant que cela comme on l’a vu) vienne imposer à nouveau un vêtement très genré ou du moins reprenant les codes patriarcaux plus ou moins édictés dans les différents livres religieux, d’autant que le foulard, le voile quel qu’il soit ne s’applique qu’aux femmes (à part dans les synagogues dans certaines circonstances particulières). Autrement dit pour les égalitaristes et féministes il est nécessairement perçu comme rétrograde ou inégalitaire voire machiste.

Paradoxalement, ce sont dans les pays où le voile est obligatoire comme l’Iran que les femmes musulmanes, risquant de graves peines, se battent férocement pour ne plus le porter.

Orient versus Occident ?

La discussion sur le voile, comme sur le burkini ou d’autres types de vêtements sont en fait liés à la fois à un conflit de représentations et à un conflit de cultures et d’identités. Dans un monde « sans Dieu ni maîtres » voulu par Ferdinand Buisson sous la IIIe République autour des lois de séparation des Églises et de l’État ou de l’éradication des congrégations religieuses par la loi de 1904 (Émile Combes), on comprend que le retour du religieux dans une sphère à la limite de l’espace public et de l’espace étatique (les mères voilées accompagnant les sorties scolaires) puisse choquer voire agresser. C’est à la fois un conflit de cultures et un conflit d’identité qui se joue là. Les femmes voilées revendiquent la liberté de culte (Loi de 1905) alors que leurs opposantes revendiquent l’égalité des femmes et des hommes et l’interdiction de signes religieux et surtout de prosélytisme religieux pour les fonctionnaires de l’État. La loi de 1905 est très claire sur les deux principes : liberté absolue de conscience et liberté de pratique religieuse, neutralité absolue des agents de l’État.

L’additif de 2004 a étendu cette neutralité (interdiction des signes religieux ostentatoires pour les élèves d’âges scolaire : maternelle jusqu’au bac) aux élèves (usages du système public). La loi par contre ne définit pas ce qu’il en est de parents accompagnateurs de sorties scolaires. Là est le problème. De facto, par mimétisme, ces femmes voilées font œuvre éducative a minima pour les petites filles, elles transgressent donc le principe de neutralité. En même temps ces femmes ne sont pas agents de l’État, la loi de 1905, en principe, ne s’applique donc pas à elles.

Pour ne pas conclure ni clore

On voit, en tout état de cause, derrière toutes les traditions de foulards et de voilement des femmes que le vêtement est loin, bien sûr, d’être simplement fonctionnel mais qu’il est bien un objet symbolique, il est sémiotique, porteur de sens. Dans ce cas, pour le hidjab, la burka ou le niqab, il témoigne de plusieurs choses en France : l’appartenance à une religion, à une culture et à un sexe. En même temps que la préservation de la sphère privée pour les adeptes, il témoigne de la mise en avant d’une identité spécifique : religieuse, culturelle, genrée.

Mary Douglas anthropologue anglaise, aujourd’hui décédée, analysant ce qui est considéré comme « pur et impur » dans les sociétés traditionnelles et modernes, dans son ouvrage dont le titre traduit en français est : De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou (Purity and danger. An analysis of concepts of pollution and taboo) montre que la question du pur et de l’impur a toujours à voir avec le corps (ce qui entre et qui sort de celui-ci) ou les périphériques du corps. De toute évidence, le vêtement fait partie de cet environnement et donc sera considéré par différents groupes sociaux à la fois comme un totem ou comme un tabou. Un vêtement pourra être pour un groupe social particulier pur ou impur. Il sera considéré comme une souillure ou au contraire comme une purification.

Nonobstant, dans ce système les femmes et les hommes ne sont pas touchés de manière uniforme et égalitaire par les interdits et par les contraintes attachées au corps. On voit très clairement qu’en Occident la contrainte pour les femmes, beaucoup plus que pour les hommes, serait l’exhibition du corps à l’inverse dans le monde arabo-musulman (plutôt pour les salafistes et les wahhabites que pour les sunnites ou pour les chiites) ce serait la dissimulation du corps. Deux points de vue irréconciliables de toute évidence. Dans un cas, la liberté s’exprime par la possibilité de la nudité dans l’autre par le voilement, la dissimulation. Dans un cas la revendication est égalitaire dans l’autre inégalitaire. Le troisième principe républicain, celui de « fraternité » ou de « sororité » (adelphisme qui s’applique aussi bien aux femmes qu’aux hommes, pour certains), permettrait-il de résoudre le malaise dans la culture ?

 

[1] Carmen Lúcia Soares (2009) As Roupas nas Práticas Corporais e Esportivas, São Paolo : Autors Associados.



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1 réponse

  1. Remarquable travail sur la sémiologie du vêtement et sur son exploitation politico-religieuse.
    Peut-être peut-on aussi explorer le chemin de la plus part des religions sur l’angle psychanalytique, où sentiment du péché et frustration s’entrechoquent et à l’isolation de la femme.

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