Boris Vian : Le bison Ravi

On fête aujourd’hui les 100 ans de la naissance de Boris Vian (né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray et mort le 23 juin 1959 à Paris). Il était impensable de ne pas accorder à ce romancier, musicien, poète, peintre, chanteur, traducteur, mécanicien, menuisier et… journaliste, l’hommage qui lui est dû. Ses mots “Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ? font écho à notre rubrique : « Et si les mots pensaient »,

Boris Vian, l’anagramme[1] et la coquille

Boris Vian bouleversait les lettres de son nom pour se fabriquer un pseudonyme. Il signait volontiers BISON RAVI ou BRISAVION. Chacun sait que « J’irai cracher sur vos tombes » est l’œuvre d’un romancier américain du nom de Vernon Sullivan – nom forgé à partir de Paul Vernon, un copain musicien, et Joe Sullivan, pianiste de jazz. Lui n’en est, officiellement, que le traducteur. Boris Vian utilisera ce même pseudonyme pour « Les Morts ont tous la même peau » ainsi que pour « Et on tuera tous les affreux ». De l’anagramme à la coquille, il n’existe qu’un grain de sable inattendu, celui qui grippe la logique d’un texte ou d’une expression en perturbant le mécanisme parfait de l’écriture. Mécanisme qui affecte parfois les journalistes, faisant voler en éclats la cohérence de leurs articles à la suite d’un infime changement de lettre. Boris Vian la définissait ainsi « Retirez le Q de la coquille, vous avez la couille… et cela constitue précisément une coquille ! Car, après tout, qu’est-ce que ce Q ? Un O rayé ! ». Jamais nous ne verrons un journaliste pêcheur de coquilles rentrer bredouille. On pourrait consacrer des articles entiers à en choisir les plus belles, ces erreurs typographiques frappent souvent à l’endroit, sensible entre tous, où les boxeurs, les karatékas, pour se protéger des coups portent… une coquille.

La fable-Express

Tout comme Alphonse Allais, Tristan Bernard, Eugène Chavette ou encore Willy, (prince du calembour et premier mari de Colette), Boris Vian, (et il nous en serait reconnaissant aujourd’hui), nous permet de réhabiliter la fable-express, apparue à la fin du XIXe siècle. Il importait, en ce jour d’anniversaire, de réparer d’urgence cette injustice et de redonner ses lettres de noblesse à ce genre considéré comme mineur. Contrairement à la fable classique, la fable-express est réduite à sa plus simple expression et sa chute est délibérément amorale et volontiers calembouresque. Saluons donc ce retour avec enthousiasme sous la plume aiguë de Boris Vian, reprenant l’adage de Lamartine : Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, il rajoute : Moralité : Concentrique !

Boris Vian, précurseur de l’Oulipo[2] ?

Dans son livre Boris Vian, un précurseur de l’Oulipo[3], Beatriz Vaz Leão analyse l’Arrache-cœur où elle cherche à montrer au travers des dialogues le travail réalisé par Boris Vian du point de vue du langage. Elle décrit quelles sont les contraintes des membres de l’Oulipo qui « peuvent citer l’anagramme, le lipogramme, le chronogramme, etc., elle ajoute que ces contraintes apparemment paradoxales, ne bloquent pas l’imagination : au contraire elles l’éveillent en la stimulant. »

On peut ainsi trouver dans le roman des personnages assez pittoresques tel un maréchal-ferrant qui, tout en étant amoureux de Clémentine, fait pourtant l’amour avec un automate sur son lieu de travail.

Un autre trait commun aux écrivains oulipiens qui apparaît dans l’Arrache-cœur, c’est l’utilisation de plusieurs jeux de langage ou l’on trouve la présence de néologismes, une composition orthographique particulière, des effets de langage. Pour Boris Vian l’écriture devient un jeu que les oulipiens continuent de perpétuer en s’inventant des contraintes. Des contraintes nouvelles et anciennes, difficiles et moins diiffficiles et trop diiffiiciiiles. L’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle), Une Académie qui en vaut bien d’autres !

[1] Anagramme, nom féminin, est composée de deux mots du grec ancien : Ana, qui indique le « renversement » et Gramma qui signifie « lettre ».

[2] https://www.oulipo.net/fr/une

[3] Leão Beatriz, (2004). Boris Vian, Un précurseur de l’OULIPO. Caligrama : Revista de Estudos Românicos. 9. 10.17 851/2238-3824.9.0.235-245.



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