Denise Cavenago : l’art comme signe du lien

Créatrice reconnue Denise Cavenago est une artiste, une « peintre femme ». Installée à Brignon depuis une trentaine d’années, elle a dû lier enfants, vie de famille et création. À cela s’ajoute le désintérêt d’un milieu très masculin envers les artistes féminines. Cependant, elle prouve par son œuvre, que « la pulsion artistique existe tout autant chez les hommes que chez les femmes ».

De la bâtisse qu’elle occupe au cœur du village de Brignon, Denise Cavanego nous accompagne à quelques pas de là dans son atelier où elle aime raconter ses toiles. « Quand je démarre un travail, je ne peux pas agir sur un support complètement vierge, je le prépare en créant des reliefs, en collant par exemple du papier de soie. Il m’arrive aussi de choisir une toile grossière où le tissage ressort ».

Une émotion, une promenade, un évènement insolite ou un souffle de vent qui fait tourbillonner un tapis de feuilles d’automne, tels sont des éléments qui vont rythmer les partitions de ses futures peintures. « Au départ, je semble maîtriser ma toile, je discerne des paysages, des formes, puis petit à petit je m’aperçois que ce n’est pas ça, la toile refuse. Alors je l’écoute ». Une sorte de dialogue silencieux s’établit comme si chacun avait besoin de réflexion pour poursuivre le travail de création. Le lien se tisse « alors l’harmonie apparaît et le bonheur advient ».

 

L’artiste, une fonction sociale

Le temps est une visite de l’art. Denise Cavenago pourrait faire sienne cette devise. « Quand on est dans une œuvre, il faut se libérer de toutes les contraintes et ne pas se soucier du temps qui passe. » Oui mais voilà, « je fais trop de choses ». L’artiste est en effet très impliquée dans plusieurs associations. Investie dans le « petit Brignon » café associatif de la commune, elle participe aussi à l’élaboration d’évènements culturels. Pour faire vivre son village, elle anime l’espace bibliothèque par des expositions ou des dédicaces.

 

Les ateliers d’enfants : chacun ses outils

Deux fois par semaine elle mène l’atelier de peinture et d’art plastique pour une dizaine d’enfants de Brignon et des alentours. « Les enfants ont cette capacité d’imagination, de créativité, mon rôle est de leur donner des clefs, de leur faire découvrir toutes sortes de supports, de leur laisser choisir l’outil qui leur convient : éponges, couteaux, mains ». Passeuse. C’est ainsi qu’elle se définit. « Je prends le temps de parler de mes toiles avec eux, non seulement des techniques, mais aussi de mes émotions, de mon rapport avec l’œuvre réalisée ». Mon idée est « d’apporter quelque chose de différent aux enfants » : le lâcher prise, le refus du jugement « c’est beau, c’est pas beau ». Il s’agit de permettre à chacun de reconnaître le travail de l’autre. « Il est intéressant par la suite de leur faire découvrir les œuvres des grands maîtres de la peinture et tout ce qu’ils ont apporté à cette grosse cocotte-minute qu’est l’Art. » Longtemps animatrice d’atelier, elle reste en contact avec certains de ses anciens élèves devenus de jeunes adultes. « Eux me reconnaissent et moi pas » dit-elle en s’éclatant de rire.

 

La peinture : une respiration et non un ornement

Pour l’artiste, « le ressenti est très important, les gens, les atmosphères, le bien-être, le chaud, le froid ». La peinture « est aussi une façon de se libérer », de refuser tous principes. Le plus important « c’est de transmettre, d’apporter quelque chose avec ma toile ». Si elle ne donne jamais de titre à un tableau, c’est parce qu’elle considère que chacun doit « s’approprier ce qu’il voit, et inventer son propre titre ». Lors d’expositions et de vernissages, elle prend le temps d’échanger avec les visiteurs. « La peinture c’est un dialogue avec les autres et ce sont eux qui me donnent cette énergie ».

 

Outre les lieux où sont exposées ses toiles, on peut également apprécier dans le livre « L’Âme de fond »[1] 24 reproductions d’entre elles. Cet ouvrage s’accompagne d’un texte de Guy Lesœurs dans lequel imaginaire, mythes et symboles dialoguent avec les œuvres.

 

Changer son pinceau d’épaule

Aujourd’hui Denise Cavenago entend entamer une nouvelle étape de sa vie d’artiste et compte explorer d’autres chemins. Les petits et moyens formats, elle en a fait le tour. « Je suis à un tournant de mon travail, je voudrais composer sur une suite d’œuvres de grandes toiles, expérimenter d’autres matières ». Elle évoque le peintre franco-chinois Zao Wou-Ki (1920-2013) qui disait « qu’il peignait sa propre vie mais qu’il cherchait aussi à peindre un espace invisible : celui du rêve, du lieu où l’on se sent toujours en harmonie, […] peindre ce qui ne se voit pas, le souffle, la vie, le vent. »

Avant de se plonger dans ce nouvel univers, l’artiste expose du 9 au 17 juillet à la salle polyvalente de Paradou.  Elle présentera « le filet », et l’installation « Tisser mon monde » ainsi que des toiles aux pigments ocre rouge.

 

Tisser mon monde

Tisser mon monde

En septembre, pour la commémoration des inondations qui ont touché Brignon, elle organise avec des habitants une installation artistique pour figurer la hauteur d’eau qui avait envahi le village.

 

[1]Denise Cavenago, Guy Lesœurs, L’Âme de fond, Éditions de la Fenestrelle, Brignon, 2022



Catégories :Culture

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