La BD « Naduah » : Déracinée deux fois !

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Que l’on le veuille ou non, nous avons tous des racines quelque part. Maxime Leforestier, chantait « être né quelque part pour celui qui est né est toujours un hasard ». Si l’on peut choisir son destin, du moins en partie, nous ne choisissons pas le lieu de notre naissance. Orelsan quant à lui exprimait sa pensée différemment « Au fond, j’crois qu’la Terre est ronde, pour une seule bonne raison, après avoir fait l’tour du monde, tout c’qu’on veut, c’est être à la maison ».

Je n’ai pas choisi ces extraits de chanson au hasard, bien au contraire, elles collent parfaitement au destin tragique de Cynthia Ann Parker surnommée Naduah chez les Comanches.

Car si cette jeune femme est née dans le monde occidental, elle avait fait le choix de rester auprès de sa nouvelle famille indienne, avec son époux et ses enfants, là où était pour elle est sa maison.

 

De Cynthia Ann Parker à Naduah

En 1836, au Texas, Cynthia Ann a 9 ans quand ses parents sont tués par un raid comanche.

L’enfant survit à l’attaque mais est capturée.

Vingt-quatre années passent, Cynthia Ann vit librement aux côtés de cette tribu qu’elle considère dorénavant comme sa famille.

Quand en 1860, elle est ramenée contre son gré à Jacksboro, elle laisse derrière elle un foyer, un homme et des enfants.

Celle qu’il faut dorénavant appeler Naduah est traitée comme une prisonnière et non comme une invitée par les Texans.

Pourtant, dans les journaux, la réalité est déformée. On se félicite et se vante d’avoir sauvé une femme innocente des griffes des terribles sauvages.

Malgré elle, Cynthia Ann devient le symbole fédérateur d’une nation qui l’a privé des êtres qu’elle aime…

Cynthia Ann Parker

 

Un parti pris scénaristique, un regard contemporain sur un destin hors norme

À la fin de cet album, une interview des deux auteurs permet d’éclaircir leur parti pris. En effet s’il existe de nombreux ouvrages sur Cynthia Ann Parker il n’y a aucune trace concernant sa vie chez les Comanches. Bien sûr certains films ont traité du sujet tel que le personnage « Dressée avec le Poing » du film Danse avec les loups (1990) qui est inspiré de Cynthia Ann Parker.

La scénariste a donc pris le soin de raconter sa vie comme une confession, une transmission de ce qu’elle ressentait au fond de son cœur par l’intermédiaire d’une petite fille sortie tout droit de l’imaginaire de Séverine Vidal mais qui permettait de mettre du lien au scénario.

Car Naduah, ne souhaite pas communiquer avec ceux qu’elle considère comme des étrangers. Elle ne souhaite qu’une chose, retourner auprès de sa famille, celle qu’elle estime être sa vraie famille.

Tout le paradigme repose sur cela. Qui sont les sauvages ? Les Amérindiens qui défendent leurs terres ? Les colons qui souhaitent conquérir de nouvelles terres ? Les Comanches qui tuent, violent et kidnappent les femmes ? Les Texas Rangers qui pour retrouver ces femmes brûlent des campements et déciment des familles entières ?

La place de la femme est aussi un sujet important dans cette bande dessinée. Tout d’abord, la jeune Cynthia n’a pas été choisie par hasard. Elle a été enlevée car elle avait la peau claire et les yeux bleus. Ensuite elle a su trouver sa place dans la communauté car elle a la dignité et la grâce (ce qui se traduit par Naduah dans le langage des Comanches). « Être une fille chez les Comanches, c’est comme marcher sur un fil entre deux roches. Faut chercher l’équilibre ». Cet extrait d’une vignette de la bande dessinée résume parfaitement la vie de Cynthia Ann Parker – Naduah, trouver l’équilibre. Elle n’y arrivera jamais !

Un dessin qui met en avant les expressions des visages et les couleurs

Vincent Sorel ayant peu de photographies de Cynthia Ann Parker a décidé d’accentuer ses expressions faciales en démontrant par le dessin ce qu’elle ressentait intérieurement. Ainsi comme le démontre l’illustration de la couverture de l’album, c’était une jeune femme déterminée.

Il s’est illustré également à soigner particulièrement les couleurs, claires et lumineuses quand Naduah est en paix avec elle-même, chaudes lors des phases de batailles et sombres comme le cœur de Cynthia Ann Parker quand la situation l’exigeait.

C’est un véritable travail de symbiose qu’ont réalisé les deux auteurs qui avaient déjà collaboré sur un autre projet et cela se ressent dans tout l’album.

 

Un visage pour l’Amérique, une femme peu ordinaire pour les Comanches

Le sauvetage de Cynthia Ann a frappé l’imagination du pays et a redonné espoir à ceux qui avaient perdu des parents, quand bien même Cynthia Ann ou Naduah souhaitait rester auprès de sa famille, les Comanches.

Elle passa les dix dernières années de sa vie à essayer de s’adapter à la vie « civilisée » texane. Son retour redonna espoir aux familles d’enfants enlevés par les Comanches, cependant, elle eut du mal à comprendre que l’on puisse la citer comme un exemple de réintégration au sein de la société occidentale américaine compte tenu du fait qu’elle en souffrait grandement.

Pourtant elle marqua l’Histoire américaine une seconde fois car l’un de ses deux fils, Quanah Parker, fut le dernier chef comanche.

Quanah Parker

Séverine Vidal et Vincent Sorel s’emparent avec brio de l’étonnante histoire d’une femme par deux fois arrachée aux siens. Au travers d’une narration moderne où la fiction et l’histoire se croisent et se chevauchent, ils tracent le parcours d’une vie abîmée par les mécanismes « pacificateurs » de la conquête de l’Ouest. Un ouvrage sensible, plein d’une tendresse qui souligne la cruauté d’un destin privé de liberté.

La bande dessinée « Naduah » est disponible aux éditions Glénat depuis le 9 mars 2022 et comprend 128 pages.



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