La BD « Les Fantômes de Séville » : la cicatrice du football français

Ce soir se déroule le huitième de finale de l’Euro 2020 entre la Suisse et la France. Tous les matches de l’équipe de France sont regardés par des millions de Français devant leur poste de télévision. L’équipe de France de football a fait vibrer ses supporters lors des victoires en coupe du monde en 1998 et 2018, à l’Euro 1984 et 2000 avec des titres à la clé mais également lors de matches perdus comme la finale de la coupe du monde 2006 et la finale de l’Euro 2016. Mais dans la mémoire de tous les amoureux de ce sport, et pour tous ceux qui l’ont vécu en direct, un match surplombe tous les autres, la demi-finale de la coupe du monde 1982 entre la France et la République Fédérale d’Allemagne. Dans l’enfer de Séville, les bleus sont passés par toutes les émotions. Didier Tronchet, le scénariste, Jérôme Jouvray, le dessinateur et Anne-Claire Jouvray la coloriste nous dévoilent enfin le secret du match du siècle.

 

Le match du siècle n’a pas tout dit…

Tout a été écrit sur ce match d’anthologie… ou presque ! Hantés par les fantômes de Séville, Didier et Fred, deux potes fans de foot à la limite de la névrose, décident de nos jours de mener l’enquête. Ce qu’ils découvrent, personne n’y a fait attention à l’époque : un détail à la 50e minute du match, qui aurait selon eux changé le cours de l’histoire ! Mais sans s’en rendre compte tout de suite, Didier découvrira que cette demi-finale perdue est la métaphore d’un drame personnel que lui-même a vécu, enfant…

 

Il n’y a pas que le foot dans la vie

Didier Tronchet se plaît des relations humaines et sociales. Il l’a démontré à maintes reprises dans tout ce qu’il a entrepris y compris dans ses albums de bande dessinée. Dans Les Fantômes de Séville, il s’attaque à un monument, un drame du sport français dont même les non-initiés au football ont entendu parler. Il fait partie de ce que l’on pourrait appeler la mémoire collective. Bien sûr ce n’est que du football mais ce sport en France a le pouvoir de rassembler les personnes autour de leur équipe nationale.

Tous les joueurs le diront, on apprend autant dans la victoire que dans la défaite. La demi-finale perdue en 1982 a entraîné ensuite la victoire en 1984 et le premier titre gagné par l’équipe de France de football comme l’élimination dans les qualifications à la coupe du monde 1994 a contribué à la victoire à la coupe du monde 1998 et le premier titre de champion du monde.

Didier Tronchet prend donc le prétexte du match de Séville, pour délivrer un message : il n’y a pas que le foot dans la vie. Bien évidemment on peut être amoureux de ce jeu fait de passes, dribbles, crochets, dépassement de soi, efforts collectifs, vie en communauté mais il n’en faut pas moins oublier qu’après tout ce n’est que du sport.

Une bande dessinée très agréable à lire

Extrêmement documentée, cette enquête fiction raconte, avec humour, l’une des pages les plus douloureuses du sport français dont les cicatrices n’ont toujours pas été pansées. Mais au-delà du mythe de France-Allemagne 1982, Les Fantômes de Séville offre aussi un formidable travail sociologique à la fois sur la passion qui peut déclencher l’hystérie mais également le syndrome de la peur de gagner qui selon les auteurs prendrait sa source de cette défaite historique face à « l’’ennemi juré de la France ».

Le scénario est accrocheur avec cette fameuse révélation de la 50e minute du match. La complicité des deux amis, entraîne le lecteur dans la relecture de ce match avec des témoignages des protagonistes qui sont de la fiction mais qui essayent de fermer cette cicatrice qui reste malgré les deux titres de champion du monde, béante.

Les graphismes sont simples mais très expressifs ce qui rend la lecture très agréable et rapide en dépit des 152 pages à lire.

Les couleurs sont également très sobres, ce qui permet de se focaliser sur l’action comme lors d’un match de football.

 

Didier Tronchet, l’homme qui sait tout faire

Didier tronchet, né à Béthune en 1958, a commencé par le journalisme (Le Matin de Paris) avant de choisir la fiction, notamment la BD avec des personnages tout en dérision comme Raymond Calbuth ou Jean-Claude Tergal (qui lui ont valu 3 prix de l’humour au festival d’Angoulême).

Puis son champ d’action s’est élargi au café-théâtre (le Point-Virgule à Paris dans les années 2000) au cinéma (réalisateur d’un long métrage en 2002 Le Nouveau Jean-Claude) ou à la presse magazine (rédacteur en chef de L’Écho des Savanes 2007-2008).

Après un long séjour en Amérique du Sud puis à Madagascar, il revient à la BD mais sous forme de romans graphiques (Le Fils du Yéti chez Casterman, ou le Chanteur perdu chez Dupuis) ou de BD reportages publiées dans la revue XXI ou chez Futuropolis (Vertiges de Quito).

Il mène parallèlement une carrière littéraire avec la parution de huit livres (chez Flammarion, Plon, Albin Michel…) sur des sujets atypiques dont Journal intime d’un bébé formidable, Nous deux moins toi, L’univers à peu près, Robinsons père et fils…

Ses passions font aussi la matière de ses récits, comme le vélo urbain (Petit traité de vélosophie) et surtout le football (Footballeurs du dimanche). Les Fantômes de Séville est son deuxième titre dans la collection « Mille feuilles », après Sortie de route.

Didier Tronchet

La BD « Les Fantômes de Séville » est disponible aux édition Glénat dans la collection 1000 Feuilles et comprend 152 pages.

Didier Tronchet sera au Festival de la bande dessinée de Nîmes, le week-end prochain pour dédicacer cet album.

Hilarant et passionnant, un ouvrage qui se dévore que l’on soit amoureux de ballon rond ou non.



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