La BD « Jukebox Motel : La mauvaise fortune de Thomas Shaper », la colère peut être une source d’inspiration

Le Road Trip est un sujet souvent exploité dans l’univers cinématographique mais beaucoup moins en bande dessinée. C’est une expression venant de l’anglais américain désignant un voyage d’agrément effectué sur les routes, quel que soit le nombre d’arrêts. Généralement, un road trip se fait sur de longues distances, le plus souvent en auto ou à moto et parfois à pied. En français on parle de « virée ». Souvent dans les scénarios, la personne ou les personnes qui se décident de partir pour un long voyage, le font dans un but précis. Plusieurs exemples de films me viennent à l’esprit : Thelma et Louise, Un monde parfait, Logan, Into the Wild.

La bande dessinée que je chronique aujourd’hui est l’adaptation du roman de Tom Graffin et qui porte le même nom : Jukebox Motel. C’est une série en deux tomes et c’est le premier que je vais vous faire découvrir maintenant. Partons ensemble pour un long voyage.

 

À la recherche de soi

1967.Thomas Shaper est sur le point d’abandonner la peinture quand une de ses toiles, remarquée par Andy Warhol, se vend une fortune. Devant ce succès démesuré, le peintre perd pied. Sur un coup de tête, il part pour la Californie où il rencontre Johnny Cash, lui aussi en plein doute. Ecrasé par la gloire, le légendaire artiste country confie au peintre qu’il n’aspire qu’à une chose : trouver un « diable d’endroit » comme il l’appelle, où il pourrait enfin trouver la paix intérieure. Dès lors, Thomas fait de la recherche de ce lieu sa propre quête…

 

Le succès est un menteur…

Cette bande dessinée cache en fait plusieurs thématiques. Le road trip est en vérité un moyen de donner une ligne directrice à l’histoire mais cela va plus loin. En effet, le héros principal, Thomas Shaper, est en réalité à la recherche de plusieurs choses : de l’amour que je pourrais appeler familial (le but de fonder une famille), de l’amour de sa famille (ne pas oublier ses origines) et enfin de l’estime de soi (ici, la reconnaissance de son talent). Pourtant, tout semble lui échapper et donc il décide dans une échappatoire de tout quitter pour chercher sa propre vérité, ce qu’il est vraiment. En vérité, il ne sait pas exactement ce qu’il est, un artiste, un mari, un fils, difficile de le découvrir dans ce premier tome.

Ce qui est certain, c’est que le jeune homme a du talent mais il ne le montre que quand il rentre dans une colère tellement violente qu’il détruit tout et en même temps montre sa vraie personnalité. Un homme qui refuse les conventions de son époque et qui rêve simplement d’une vie simple dans un endroit paisible.

Et puis, intervient Johnny Cash, figure emblématique de l’Amérique, qui se révèle être le père spirituel de Thomas. C’est lui qui lui indique la voie à suivre en même temps qu’il laisse s’exprimer sa voix. Cette relation fusionnelle est perceptible qu’à de rares occasions, mais n’oublions pas qu’il s’agit du premier tome et je ne doute pas qu’il aura un rôle bien plus important dans le second.

Enfin pour finir cette analyse, un mystère plane sur ce Jukebox Motel qui nous est décrit comme un lieu abandonné qui autrefois abrité des artistes de différents univers mais surtout des chanteurs d’où je suppose son surnom. En tout cas, on devine facilement que ce lieu est au centre de cette quête et prend l’emprise sur Thomas Shaper lui-même, à la façon d’un Stephen King avec son roman Christine.

 

Un graphisme soigné qui accompagne parfaitement le scénario

On ressent en lisant cette bande dessinée qu’il y a eu une réelle complicité entre le scénariste, qui est je le rappelle l’auteur du livre dont est issue cette BD, et la dessinatrice qui ne dénature pas le contexte historique (fin des années soixante, Amérique profonde attachée à ses valeurs, le milieu si particulier des artistes), le contexte dramatique qui se dévoile peu à peu et surtout le personnage central.

Je ne risque pas grand-chose à vous dévoiler que quand Thomas apprend une mauvaise nouvelle, un choc, la dessinatrice, Marie Duvoisin, éclate le corps de son personnage pour amplifier cet effet de révélations inattendues qui va bouleverser le personnage.

De plus les couleurs pastel utilisées dans cette BD plonge le lecteur directement dans les années soixante et ainsi il peut rentrer facilement dans cette aventure, équilibre qui n’est pas toujours aisé à réaliser. Même les personnages célèbres comme Andy Warhol et Johnny Cash sont très réalistes et facilement reconnaissables au premier coup d’œil.

 

Marie Duvoisin, une dessinatrice de bande dessinée et une illustratrice

Marie Duvoisin a suivi la formation « bande dessinée/illustratrice » à l’école Pivaut (école d’arts appliqués à Nantes) et n’a eu de cesse de progresser grâce aux conseils de Philippe Briones, Raphaël Beuchot et Arno Morin. Après une première rencontre avec Hervé Richez à Saint-Malo, en 2014, elle signe son premier album chez Grand Angle, Nos embellies, en 2016, sur un scénario de Gwénola Morizur.

Marie Duvoisin

Tom Graffin, un touche-à-tout

Tom Graffin est un auteur et réalisateur sarthois né en 1981. Il démarre sa carrière d’écrivain par des mémoires de gens « ordinaires », des récits de guerre et des témoignages de générations.

En 2011, il s’oriente vers la musique et devient compositeur. Il adapte notamment Bonnie & Clyde pour Scarlett Johansson sur l’album de Lulu Gainsbourg. Il collaborera, entre autres, avec Joyce Jonathan, Petula Clarke, Louis Delort…

En 2012, il réalise un mini-documentaire sur sa grand-mère, 1915, et il coécrit le court-métrage Jukebox Motel.

En 2016, il publie chez JC Lattès le roman Jukebox Motel, tiré de ce court-métrage.

Tom Graffin

Une bande dessinée captivante parfaitement illustrée et dont on rentre facilement à la fois dans le scénario mais également dans le contexte historique. Un coup de cœur de la rédaction.

La BD « Jukebox Motel – Tome 1 : La mauvaise fortune de Thomas Shaper » est disponible aux éditions Bamboo dans la collection Grand Angle et comprend 56 pages.



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