Balade dans le Gard : Ysabelle Lacamp, Cévenole et Coréenne

Le Y première lettre du prénom d’Ysabelle Lacamp indique deux directions. Celle de la Corée dont est originaire sa mère, l’autre celle des Cévennes paternelles. C’est ici à Monoblet près d’Anduze où les deux branches du Y se rejoignent que la romancière aux doubles racines a trouvé son refuge dans cette bâtisse accolée à la filature.

Depuis sa plus tendre enfance Ysabelle Lacamp passe toutes ses vacances dans cette maison du XVIIIe siècle à laquelle elle est viscéralement attachée. « Identitairement c’est vraiment extraordinaire et je pense que j’ai d’autant mieux vécu mon métissage que j’avais cette maison. »[1] Lors d’une interview elle ajoute que le fait d’avoir plusieurs cultures en soi, permet de mieux comprendre les autres et de s’intégrer.

Avant de revenir dans cette demeure, elle va s’installer dans « la Cévenne profonde » dans une bergerie face au Mont Aigoual, massif de 1 567 m, point culminant du Gard offrant un panorama à perte de vue au sommet duquel on peut observer par beau temps un paysage allant des Alpes aux Pyrénées et du Puy de Sancy à la mer Méditerranée . C’est sur cette terre aride « là où les vallées ne rient plus et où la terre se fait âpre [qu’] elle se frotte à cette vie rude qui l’enchante, aux hivers glacés et aux provisions de pommes de terre[2]. » De cette expérience Ysabelle Lacamp dira qu’elle s’est sentie mériter ce pays en se coupant du monde, en avouant qu’elle n’y avait jamais autant écrit.

Ysabelle Lacamp

 

Du 7e art à la littérature

Avant de se lancer dans la littérature, Ysabelle Lacamp a été comédienne. Elle a joué dans de nombreux longs-métrages avec des réalisateurs tels Claude Berry, Yves Boisset ou Jacques Deray. La télévision la fera connaître dans quelques épisodes de séries comme les cinq dernières minutes ou les enquêtes du commissaire Maigret. La romancière, femme eurasienne élancée, est consciente que les rôles qu’on lui offre sont souvent dus « au fait qu’elle est métisse » et que sa silhouette correspond à certains clichés et stéréotypes de l’époque. Mais c’est l’écriture de romans qui la passionne. Elle qui n’est pas « cévenole, mais de Monoblet, une bonne Française avec un petit plus venu d’Asie, sa part de racine du ciel. »

Ysabelle Lacamp en compagnie de Jacques Debary dans la série télévisée policière « Les cinq dernières minutes »

 

Biographie voyageuse

Dans son roman Une jeune fille bien comme il faut, (1991) Ysabelle Lacamp écrit que « notre comportement dépend de notre héritage émotionnel autant que du contexte culturel dans lequel nous vivons ». Ce double apport, entre un père journaliste-écrivain et prix Renaudot en 1969 et une mère Coréenne, est la matière de ses livres qui permet de faire voyager le lecteur autour de la planète, parfois dans la Chine médiévale ou dans l’Amérique du Sud exotique. Pour rendre hommage à Robert Desnos, mort en déportation en 1945 à Terezin, elle imagine la rencontre de l’écrivain avec un jeune juif tchèque, Leo Radek. Instant inoubliable où la poésie triomphe sur la barbarie. À noter chez Actes Sud dans la collection « Ceux qui ont dit non » deux romans : Georges Sand : Non aux préjugés et Marie Durand : non à l’intolérance religieuse.

 

Un cabri dans les Cévennes

Parmi ses nombreux romans, deux particulièrement font référence aux Cévennes. L’homme sans fusil qui raconte l’histoire d’un artiste allemand qui a fui le régime nazi lors de la deuxième guerre mondiale et se réfugie chez des paysans huguenots. Peut-on lutter avec son seul crayon contre l’occupant ? La question a séduit le jury qui lui a décerné « le cabri d’or » en 2003 ». Il récompense chaque année un livre qui met en valeur la région des Cévennes au travers de son histoire, des femmes et des hommes qui l’ont marquée.

Le deuxième livre, Cévennes couleurs du monde (Ed. Rouergue) publié en collaboration avec le photographe Jean du Boisberranger est une ode aux Cévennes qui nous invite à découvrir cette terre si singulière aux contrastes saisissants.

Aussi amatrice de mots que de mets, Ysabelle Lacamp associe pleinement gourmandise et écriture. « La cuisine est un acte d’amour dit-elle, c’est un don d’amitié par lequel passent générosité et hospitalité ». Un hommage à sa mère qui savait aussi adapter une cuisine assaisonnée de cultures différentes, mais au combien savoureuse.

Cabris gambadant dans les Cévennes

 

[1]Caroline Lemaître, Ysabelle Lacamp à la croisée de ses racines in Balade dans le Gard, Sur le pas des écrivains, Ed. Alexandrines.

[2]Ibid.



Catégories :Gard

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1 réponse

  1. Merci pour cet éclairage retraçant une partie de sa vie elle qui habite pas loin du col des fosses

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