Balade dans le Gard : Pierre Combescot, l’impertinent du Cailar

Dans son roman « les filles du calvaire », Pierre Combescot fait vivre l’académicien Thierry le Cailar. Ce personnage né de l’imagination du romancier est un clin d’œil à son village de la Petite Camargue, Le Cailar, où il aimait se réfugier dans sa maison et auprès de ses amis. Balade dans le Gard 1 nous emmène dans « la Mecque de la bouvine », sur les pas de cet écrivain, journaliste, et auteur le plus primé de sa génération.

« Impensable de parler de Pierre Combescot sans s’arrêter un instant au Cailar, village de Petite Camargue. » 2 C’est dans ce village qu’il s’est offert une demeure dans ce lieu de villégiature grâce à son livre « Les filles du calvaire » couronné par le prix Goncourt en 1991. Auparavant, il avait reçu le prix Médicis en 1986 pour « les Funérailles de la sardine » et décrochera encore le prix Prince-Pierre-de-Monaco pour l’ensemble de son œuvre en 1999.

Le Cailar, berceau de la course camarguaise et des rencontres

Si Pierre Combescot a décidé de poser ses valises dans la « Capitale de la Petite Camargue », c’est grâce à sa rencontre avec Jean Lafont, figure incontournable du monde des taureaux, et aussi passionné d’opéra, de littérature et « gardian des arts ». Cette exaltation des arts, de la danse va forger une amitié de plus de quarante ans entre lui et Jean Lafont. Écrivain et journaliste Pierre Combescot avait pris pour pseudonyme le nom de Luc Décygnes pour tenir des rubriques consacrées aux spectacles lyriques et à la danse dans le Canard enchaîné. Rubriques souvent humoristiques et venimeuses que lisaient avec une certaine anxiété certains danseurs et danseuses des ballets.

 

Pierre Combescot et Le Cailar

Quand il parle du Cailar, Pierre Combescot dépeint ce village d’une écriture tourbillonnante et vertigineuse. « On vit ici quasi en religion avec tout ce qui est cornu. Ce que Thésée s’empoigna avec Minotaure, ont inventé autour du taureau-roi s’y pratique avec allégresse et pastis. » Ce personnage fantasque écrit tel qu’il est lui-même, sans artifice. Derrière cette outrecuidance se cache une sensibilité à fleur de peau laissant glisser une poésie faisant découvrir « une vieille église romane avec son abside qui prend ses aises jusque dans le café sur la place attenante » et « des maisons de crépi rêches aux façades ocre sur lesquelles éclate, de temps à autre, une treille ; un beffroi qui sonne les heures et le rappel : un vieux temple car nous sommes aussi en pays protestant. » Sa maison où il se consacrait longuement à l’écriture de ses romans, il la situait dans cet environnement de « marais pleins d’iris sauvages au printemps et qui, au couchant reflètent des flamants roses. »

 

Chassez le naturel, il revient au galop comme un cheval dans une bravade

Quand il évoque la Petite Camargue, son style vif reprend le dessus. Lui qui aimait ripailler et faire la fiesta décrit Le Cailar pendant « la deuxième semaine d’août, lors de la fête, [comme] le village de France le plus alcoolisé ». Durant ce mois d’été se déroulent « l’abrivade 3, la ferrade, 4 un mouvement de chaque instant qui fait partie des pulsions secrètes du pays, pouvant passer aux yeux du pékin parisien pour de vagues couillonnades ». Ce village : « Un trou, dites-vous ce patelin. Mais pas le moindre du monde » réunissait acteurs et romanciers, artistes et manadiers que Jean Lafont, l’ami de toujours aimait à recevoir.

 

Un romancier baroque

Pierre Combescot prend le temps de l’écriture : « J’écris raide tout de suite, et c’est pour ça que je suis très lent. Mes manuscrits ont beaucoup de ratures, mais, dans le premier jet, il y a déjà la musique du livre. » Son premier roman, « Les chevaliers du crépuscule » paraît en 1975. Son écriture régulière fait vivre les personnages récurrents que sont les saltimbanques, les voyous, les délaissés de l’histoire, les fous et les assassins. Il disait prendre comme modèle le Flaubert de Bouvard et Pécuchet ou alors, le Flaubert des Lettres. La structure de ses romans il la compare à de la peinture, « il n’y a pas de belle peinture s’il n’y a pas de beau dessin, le roman force la main de l’écrivain ». Pierre Combescot préférait la vie à la littérature, et ses romans sont le reflet de sa vie, ils nous emportent à la rencontre de personnages baroques, humains au possible, à la fois inquiétants et grotesques, personnages qui vous font rire et vous effraient mais vous emportent et vous envoûtent.

Si vous aussi voulez découvrir cet endroit de Petite Camargue « oubliez le moustique ravageur et le coup de soleil sur le copieux fessier du naturiste de base » et faites comme le Vistre 5, venez « en musardant vous y attarder. » et admirer le soleil couchant sur les marais.

 

1 Balade dans le Gard, Sur le pas des écrivains, Ed. Alexandrines

2 Hocine Rouagdia, Les Romans c’est comme une forêt qu’on survole, in Balade dans le Gard, Sur le pas des écrivains, Ed. Alexandrines. Hocine Rouagdia est journaliste à Midi Libre ; Il a reçu le Prix Éthique d’Anticor pour une enquête de longue haleine publiée entre 2004 et 2020 sur l’affaire de la Senim dont l’ancien président de cette société d’économie mixte, Franck Proust est aujourd’hui à la tête de l’Agglo de Nîmes.

3 Lâcher de taureaux, encadré par des gardians à cheval

4 Nom donné à la fête qui suit le marquage au fer rouge des jeunes taureaux

5 Le Vistre, fleuve côtier qui traverse la Vistrenque et passe par Le Cailar



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