Sur le pas des écrivains : Jean-Pierre Chabrol, le souffle des Cévennes

Quand on voyage, rien ne vaut un écrivain pour guide.” Inspirés par le livre Balade dans le Gard, nous vous proposons de vous perdre avec bonheur entre Génolhac, Uzès, Sommières, Le Vigan et tant d’autres lieux où certains grands écrivains ont vécu ou s’y sont promenés. À vous de suivre leurs pas et de ressentir, l’instant d’une promenade, ce qui a façonné ses hommes et ses femmes de lettres.

Pour commencer cette balade nous allons suivre Jean-Pierre Chabrol grâce à Robert Caracchioli, vice-président de l’Association des enfants et amis de Jean-Pierre Chabrol.

Jean-Pierre Chabrol

 

Jean-Pierre Chabrol, l’enfant de Pont-de-Rastel

Le hameau de Pont de Rastel s’étire tout au long du Luech qui dévale des pentes du Mont Lozère tout proche. Lors d’orages violents et de pluies d’automne, cette rivière des Cévennes coule avec force sous l’arche principale du « Pont Bossu”[1]. Peut-être a-t-il été construit ainsi pour pallier une éventuelle crue et permettre à l’eau de passer sous la bosse salvatrice sans emporter l’édifice. “Sa” Cévenne, comme il aimait la nommer, l’a vu naître à Chamborigaud petit village des Cévennes (Cambono Rigaudo, cambo : courbe d’une rivière, Rigaud : ancien prénom d’origine germanique Ric-wald). Le hameau fait partie de la commune de Génolhac, il est si proche de Chamborigaud que certains le considèrent comme un quartier du village.

 

Maison de Jean-Pierre Chabrol à Pont-de-Rastel – Par Havang (nl)

 

Mes pas dans les pas de Chabrol

Sur cette terre chargée d’histoire, il faut emprunter les chemins que suivait ce Chamborigaudois : “Il y a le monde de la mine, d’abord, [..] monde qui n’existe plus qu’à travers des vestiges, des friches industrielles ou musées […] musée du Mineur de La Grand-Combe jouxtant le chevalement de fer et de béton de l’ancien puits de Ricard, cités habitées ou abandonnées de la Vernarède et de la jasse”. Robert Caracchioli raconte que Chabrol connaissait parfaitement ces lieux explorés dès son enfance : le domaine des camisards et des “fous de Dieu”[2], le Lozère auquel on accède à partir de Villefort ou de Génolhac, le Bougès, qu’on atteint idéalement par la route des Crêtes, itinéraire à poursuivre impérativement jusqu’au col de la Croix de Berthel sur la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, et jusqu’au signal du Ventalon ou son père le conduisait quelquefois pour l’inviter à méditer sur l’immensité de l’espace et du temps”.

 

Un régionaliste national

Conteur avant tout, on pouvait l’écouter d’abord à Europe 1 puis sur France Inter. Jean-Pierre Chabrol disait que s’il avait pu gagner sa vie en allant de mas en mas proposer ses contes et récits, il ne serait pas devenu écrivain. Fils unique, ses parents étaient instituteurs laïques et son grand-père un chevrier biblique, descendant des camisards. Chabrol évoquait souvent cette période heureuse de son enfance alors qu’il suivait sa scolarité à Alès, et notamment au lycée Jean-Baptiste Dumas.

Adolescent, il rêvait de devenir dessinateur. C’est pourtant l’écriture qui domina sa vie. Son inspiration, c’est chez les “gens de peu” des Cévennes qu’il la puisera. Ami de Brassens, il partagera avec lui son admiration pour Charles-Louis Philippe[3].

Brassens, Brel, Guy Béart et Jean-Pierre Chabrol

Difficile de choisir dans la quarantaine de ses ouvrages, quel conte, quelle nouvelle pourrait vous accompagner sur le sentier des Coudoulous, vous faire découvrir les mines ou la sériciculture. Quel que soit votre choix vous entendrez certainement ce conteur, héritier de la tradition cévenole vous murmurer le souffle des Cévennes.

 

[1] Dans son livre “Gens de la Cévenne”, l’auteur décrit ainsi ce pont : À l’entrée de Clerguemort, le vieux pont bossu, fait de gros galets ronds, avec, de part et d’autre du sommet, les deux saillies aiguës dans lesquelles on pouvait s’abriter quand se lançait au galop sur les galets de sa pente un coche ou l’attelage de la poste, le bon vieux pont jetait d’un élan l’arche unique et bien ronde sur le grand gouffre dont on ne pouvait même pas deviner le fond

[2] Les Fous de Dieu, Gallimard, 1 972.

[3] Charles-Louis Philippe (1874-1909) est un poète et romancier français. Il est l’un des cofondateurs de La Nouvelle Revue française et l’auteur de Bubu de Montparnasse.

 



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