La BD « Ellis Island » : l’Amérique, l’Amérique, je veux l’avoir et je l’aurai !

Battu lors de l’élection présidentielle américaine du 3 novembre, Donald Trump transmettra les clés de la Maison Blanche à Joe Biden le 20 janvier prochain. L’Amérique a toujours fasciné les Européens, ce que l’on a communément appelé « Le rêve américain ». Effectivement avec la ruée vers l’or et le développement économique des États-Unis au début du XXe siècle, de nombreux voyageurs de l’ancien continent n’hésitèrent pas à tenter l’aventure de s’installer aux USA.

Le voyage inaugural du Titanic en avril 1912, transportant en troisième classe des centaines d’émigrants de Grande-Bretagne, d’Irlande, d’Italie et d’ailleurs en Europe qui cherchaient une nouvelle vie aux États-Unis, en est un exemple. Malheureusement peu y arrivèrent. Mais cet état de fait n’était pas nouveau, même s’il n’est pas dû à un iceberg, quoi que l’on puisse facilement comparer l’administration chargée de l’immigration à ce géant de glace.

Après la guerre de Sécession, ce sont plus de 20 millions d’Européens qui s’installent aux États-Unis entre 1870 et 1920. Les auteurs Philippe Charlot au scénario et Miras au dessin, ont décidé de faire découvrir une partie de cette folle épopée au travers de deux volumes de la bande dessinée Ellis Island éditée par Grand Angle. Ils nous font découvrir ainsi le quotidien de ces pionniers qui façonnèrent le visage de l’Amérique d’aujourd’hui et leur parcours fou pour tenter de poser pied à terre sur le sol américain. Mais avant cela il faut pouvoir sortir indemne d’Ellis Island.

 

Ellis Island – volume 1 – Bienvenue en Amérique !

 

Avril 1907, baie de New-York. Après 15 jours de traversée depuis l’Europe, Tonio et Giuseppe s’apprêtent à fouler le sol américain pour la première fois. Comme tous les nouveaux immigrants, les deux compères doivent dans un premier temps passer par Ellis Island, avant d’obtenir le droit de s’installer sur le continent.

Ce qu’ils ne pensaient être qu’une formalité se transforme rapidement en cauchemar administratif. Aux côtés de tous les malades, handicapés et autres personnes âgées, qui ne répondent pas aux critères et sont renvoyés illico presto sur le Vieux Continent, Tonio et Giuseppe échouent eux aussi aux portes du paradis. Mais c’est sans compter sur Vitto, un avocat véreux originaire d’Italie, qui se propose de faire marcher son réseau, offrant ainsi une chance unique aux deux candidats de s’installer en Amérique.

 

Un premier volume, plein de rebondissements

Même si dès les premières pages, le lecteur peut se douter que les choses ne vont pas être si simples pour débarquer aux Etats-Unis, il est loin de supposer, à moins de bien connaître cette partie de l’Histoire de l’Amérique, ce qui attend les deux protagonistes.

Le scénario est très bien ficelé avec une montée en puissance au fil des pages, telle l’ascension d’un jeune mafieux parti en bas de l’échelle et prêt à tout pour gravir des échelons. Les dessins de Miras, qui accentuent sur certains personnages, la détresse, la pauvreté, la maladie ou le handicap permettent de comprendre rapidement qui va être refoulé et pour quelle raison. Les personnages principaux de ce premier volume, à savoir Tonio, Giuseppe et Vitto sont très bien représentés également et l’échelle des valeurs et de la classe sociale si importante à l’époque parfaitement reconstituées au travers des personnalités des personnages mais également de leur façon de s’habiller et de se comporter.

Enfin, ce premier volume, laisse sous-entendre, la suite des événements sans trop en dévoiler et finalement laisse le lecteur sur l’envie de connaître la suite de l’aventure et la raison pour laquelle finalement les auteurs ont choisi précisément ces deux protagonistes. Mais pour cela il faudra attendre la sortie du deuxième volume.

En résumé, ce premier volume se lit comme un feuilleton, comme un livre d’Histoire imagé sur un pan de l’Histoire de l’Amérique qui récemment avec l’élection de Donald Trump a changé l’immigration de ce continent toujours courtisé en privilégiant notamment les candidats les mieux formés. On le sait l’immigration est un sujet du XXIe siècle et le nouveau Président américain fraîchement élu, devra baser sa politique nationale sur ce sujet toujours très sensible. On estime aujourd’hui que 22 % des États-Uniens ont des racines allemandes tandis que 39 % sont des descendants d’immigrants irlandais.

 

Ellis Island, une île méconnue loin de l’image de Liberty Island

En arrivant dans le port de New-York, les voyageurs étaient soulagés de voir la statue de la liberté située sur Liberty Island. Pourtant à peine arrivé, les voyageurs de troisième classe devaient reprendre un bateau pour se retrouver sur Ellie Island, lieu de passage obligatoire pour obtenir le droit de s’installer sur le sol américain.

Le scénariste Philippe charlot a soudoyé des amis de passage à New-York pour qu’ils aillent visiter Ellis Island et qui lui racontent leur expérience. Il s’est beaucoup inspiré également de recherches sur internet où il a pu puiser une quantité d’archives et de documents. Avec Miras, le dessinateur, ils ont accumulé des tonnes de photos et même quelques films d’époque mais également dans des chefs-d’œuvre du cinéma dans lesquels on aperçoit l’île.

Pour mieux comprendre l’esprit américain, il faut se pencher sur ce morceau de terre qui a vu défiler tant de nouveaux arrivants. Philippe Charlot a d’ailleurs détourné un dicton célèbre pour faire dire à Giuseppe, un personnage qui ne fait pas dans la demi-mesure : « Ellis Island, tu y débarques un italien, un irlandais, un juif, un russe et il en sort… un américain. C’est-à-dire un fils de pute qui ne pense qu’à sa gueule ! ». En fait, la dureté de la société nord-américaine oblige à une certaine solidarité, qui s’exprime au sein des communautés (nationales et religieuses) et qui tempère un peu l’individualisme forcené dont parle Giuseppe.

 

Philippe Charlot – © Maïana Bidegain

La bande dessinée « Ellis Island – volume 1 – Bienvenue en Amérique ! » est disponible chez votre libraire ou bédéiste depuis le mois de septembre aux éditions Grand Angle et comprend 64 pages. C’est une bande dessinée recommandée par le magazine Historia et que je vous recommande également si vous voulez en connaître davantage sur l’immigration américaine.



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