Bouillargues : billet d’humeur d’une pharmacienne épuisée

C’est un paradoxe français, au pays de Pasteur, nos compatriotes n’aiment pas se faire vacciner.

Et pourtant, la couverture vaccinale a éradiqué des maladies terribles telles que la variole, la poliomyélite diphtérie, la tuberculose, pour ne citer qu’elles.

La prochaine échéance, à savoir la vaccination contre la Covid-19 n’est d’ailleurs envisagée que par 40 % de la population.

A contrario cette année, un vaccin a eu la cote… le vaccin antigrippal.

Chaque année, la CPAM a pris pour habitude d’envoyer aux personnes vulnérables, fragiles ou âgées des bons afin de recevoir le fameux vaccin.

Si les années précédentes, seuls 40 % des bons étaient utilisés, le mois d’octobre a vu cohorte de patients vouloir venir chercher le précieux produit. Le taux a bondi à 90 %, ce qui a entraîné des ruptures dès la fin du mois. Madame Lafitte, pharmacienne de son état a fait les frais de cette poussée. À tel point, qu’elle a pris sa plume pour faire sortir ce qu’elle avait sur le cœur. Au travers de son billet d’humeur, de nombreux professionnels de ce secteur se reconnaîtront, ayant dû subir à la fois ces ruptures et les « gentillesses » de leurs patients.

Dans Bouillargues, tout le monde connaît le visage souriant et l’affabilité de Marjolaine Lafitte, cette pharmacienne, de l’une des deux officines que compte que la commune.

Pourtant, il y a quelques semaines, après avoir été au front durant la première et la seconde vague épidémique, la professionnelle de santé poste à l’avant de sa pharmacie, « un long billet d’humeur d’une pharmacienne épuisée ».

La cause de ce mal-être : le vaccin de la grippe, ou plus précisément le manque de vaccin contre la grippe.

Invectivée par certaines personnes de sa patientèle, elle décide de prendre sa plume et d’expliquer de manière très pédagogique dans un premier temps la fabrication du vaccin contre la grippe mais aussi « remonter » les petites remarques désagréables et répétées de patients qu’elle connaît pourtant depuis des années.

Une première partie très pédagogique

Le billet commence ainsi « consciente de la situation tendue du moment, je tenais à exprimer toute ma bienveillance dont je ne pense n’avoir jamais défailli malgré plusieurs mois de gestion de crise à mes patients… Sachez que je suis la première à être profondément désolée de ne pas pouvoir vous fournir les vaccins tant espérés » »

Elle poursuit son propos « en me réjouissant que la majorité de mes patients ainsi qu’une très grande majorité des Français ait pris conscience de l’importance de la vaccination ! En effet, la vaccination est un moyen de prévention efficace pour lutter contre de nombreuses maladies infectieuses. Se vacciner, c’est aussi protéger les autres et en particulier les plus fragiles.

Enfin, elle continue « en songeant à toutes les personnes qui me demandent quotidiennement cette piqûre tant convoitée. Lors de la commande en janvier 2021, pour la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière de 2021-2022 (car oui c’est en janvier que l’on doit commander nos vaccins, alors que l’épidémie n’est pas encore arrivée…) Qui en janvier 2020 se passionnait pour les vaccins grippe ? C’était la vie d’avant la crise du covid-19. »

Pour bien faire comprendre la raison de cette rupture, elle détaille ensuite les modalités de commande et de fabrication du vaccin antigrippal

« Pour le vaccin de la grippe, c’est une vraie course contre la montre, et tout doit aller très vite, puisque les souches présentes dans le vaccin changent chaque année et nous n’avons que quelques mois à peine entre l’identification des souches virales circulantes par l’OMS (en février) et la mise à disposition du vaccin dans la pharmacie (fin septembre). Processus qui dans le meilleur des cas prend donc 5 à 6 mois. Ce qui me permet de répondre à  cette question quotidienne « mais pour quoi les labos n’en fabriquent-ils pas plus » ? Parce que si on relance la fabrication des vaccins, maintenant, je ne l’aurais à l’officine qu’en avril. C.Q.F.D. »

Des remarques désagréables, des idées loufoques, et un vrai sentiment de malaise pour la praticienne et ses collaboratrices au fil des jours

Puis le billet se porte dans une seconde partie sur les petites remarques insidieuses, et autres petites méchancetés quotidiennes qui ont au fil des jours ont affecté, l’ensemble de l’officine. Les patients évidemment eux trouvent des solutions… Madame Lafitte a recensé un florilège de perles, on y trouve notamment :

La priorité d’âge : que les centenaires se manifestent au plus vite car on commence par eux apparemment… Tant pis pour les nouveaux retraités.

La priorité pathologique : « je dirai que si vous avez un bon de prise en charge, c’est qu’effectivement vous êtes considéré comme personne vulnérable, mais qui suis-je pour savoir si votre maladie chronique est plus chronique qu’une autre » commente-t-elle fatiguée.

La priorité d’ancienneté dans l’officine, Ce procès d’intention est ce qui a le plus « vexé » la professionnelle de santé. Installée depuis onze ans derrière son comptoir, la praticienne ne privilégie personne, une personne vulnérable étant égale à une autre personne vulnérable.

Les idées farfelues comme ces patients proposant de prioriser les personnes en fonction de leur nom de famille (par ordre alphabétique et inversement) ou bien encore les femmes enceintes car ils sont deux.

Enfin, les appels téléphoniques par des personnes tierces pour des patients, histoire d’amadouer la pharmacienne ou de vérifier si elle ne fait pas du favoritisme.

Comment expliquer cet engouement, qui ne durera ce que durent les roses

Il y a sûrement une raison simple, la croyance que le vaccin de la grippe atténuerait les effets de la Covid-19. Ce qui est bien évidemment faux et dangereux de penser de cette manière.

Si l’on peut applaudir des deux mains, une forte poussée de demande, en revanche, cela ne doit pas être ni pour prétendument se protéger contre la Covid-19, ni rendre responsable les professionnels de santé quand le précieux liquide manque.

Ce vaccin a été un peu la goutte de liquide qui a fait déborder la seringue. Depuis mars, les pharmacies ont dû gérer outre leur activité normale, les masques chirurgicaux (interdiction et autorisation, et rupture, il va sans dire), les masques tissus, le gel hydroalcoolique à fabriquer de toute urgence, l’inquiétude des patients quand ils étaient atteints du Covid-19 et maintenant les tests antigéniques.

Cette tension, cette surcharge de travail a laissé et laissera des traces sur ses professionnels de santé qui sont les premiers avec les médecins généralistes à être auprès des patients et de leur mauvaise humeur – parfois —.

Un peu d’empathie est la bienvenue.



Catégories :Gard

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3 réponses

  1. Bon courage à vous- et à vos confrères- qui êtes confrontés à ces pressions multiples. En espérant que les fêtes de fin d’année allègent un peu les humeurs de chacun-e.
    Angélique

  2. Nous savons que le dévouement des professionnels est une lourde charge mais qu’il est devenu normal et sans reconnaissance de la part de certains patients.Mais gardez le moral vous avez votre conscience pour vous.Courage
    Docteur Aberlenc Murat

  3. De tout cœur avec vous et votre équipe, très professionnelle et d’un accueil très agréable.
    Le soleil brillera en 2021.
    Bonne fin d’année
    Michel et Josette

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